L'essentiel à retenir

  • L'ophtalmoplégie internucléaire est un trouble du mouvement des yeux causé par une lésion d'une voie nerveuse du tronc cérébral (le faisceau longitudinal médial) qui coordonne les mouvements des deux yeux lors du regard latéral.
  • Elle se manifeste par une vision double et une impossibilité pour un œil de se déplacer vers le nez quand on regarde sur le côté — tandis que l'autre œil tremble (nystagmus).
  • Chez le jeune adulte, la cause la plus fréquente est la sclérose en plaques (SEP) ; chez la personne plus âgée, un accident vasculaire cérébral (AVC) du tronc cérébral.
  • Le traitement dépend de la cause : corticoïdes pour une poussée de SEP, traitement vasculaire pour un AVC.

Est-ce grave ?

L'ophtalmoplégie internucléaire isolée n'est généralement pas dangereuse en elle-même, mais elle signale toujours une lésion du tronc cérébral qui doit être explorée. Dans le contexte d'un AVC aigu du tronc cérébral, une prise en charge neurologique urgente est nécessaire pour limiter les séquelles. Dans le cadre d'une SEP, l'évolution est souvent favorable avec le temps et le traitement de la poussée, même si un suivi neurologique régulier reste nécessaire.

Quand consulter en urgence ?

Consultez immédiatement si :

  • Vision double apparue soudainement avec impossibilité de bouger un œil — un AVC du tronc cérébral doit être éliminé en urgence par IRM cérébrale.
  • Vision double associée à des vertiges intenses, une instabilité à la marche, une parole difficile ou des troubles de la déglutition — ces signes évoquent une atteinte étendue du tronc cérébral.

Qu'est-ce que l'ophtalmoplégie internucléaire ?

Pour que les deux yeux bougent ensemble de façon synchronisée lors du regard latéral, une voie nerveuse dans le tronc cérébral — appelée faisceau longitudinal médial — transmet le signal de coordination entre le nerf qui fait tourner l'œil vers l'extérieur (nerf abducens) et celui qui le fait tourner vers l'intérieur (nerf oculomoteur). Quand cette voie est lésée (par démyélinisation dans la SEP — destruction de la gaine protectrice des nerfs — ou par ischémie dans un AVC), l'œil du côté de la lésion ne peut plus regarder vers le nez lors du regard latéral, tandis que l'autre œil s'écarte et tremble légèrement.

Quels sont les symptômes ?

Vision double (diplopie) lors du regard vers un côté. Un œil semble "rester en arrière" ou ne pas suivre l'autre. Tremblement visible de l'œil qui s'écarte (nystagmus — mouvement oscillant involontaire). La vision de près (convergence, comme pour lire) reste souvent normale. Parfois une légère fatigue visuelle ou des maux de tête associés.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Le neurologue ou ophtalmologiste réalise un examen précis des mouvements oculaires. L'IRM cérébrale est l'examen clé : elle montre la lésion dans le tronc cérébral — une plaque de démyélinisation (tissu blanc brillant caractéristique de la SEP) ou une zone ischémique (AVC). D'autres examens peuvent être demandés selon la suspicion diagnostique : analyse du liquide céphalorachidien (ponction lombaire), potentiels évoqués visuels, ou bilan cardiovasculaire en cas d'AVC suspecté.

Quels traitements peuvent être proposés ?

SEP (poussée) : corticoïdes à haute dose en perfusion (méthylprednisolone) pendant quelques jours — ils accélèrent la récupération de la poussée sans modifier le cours à long terme de la maladie. AVC du tronc cérébral : médicaments pour fluidifier le sang (anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires selon la cause), et traitement des facteurs de risque vasculaires (hypertension, cholestérol, diabète). Pour la gêne visuelle pendant la récupération : un cache sur un œil peut temporairement supprimer la diplopie, et des verres prismatiques peuvent être adaptés si la situation se stabilise. La rééducation orthoptique (exercices des yeux avec un orthoptiste) peut aider à récupérer une vision binoculaire normale.

Quel spécialiste consulter ?

  • Neurologue : diagnostic et traitement de la cause (SEP, AVC).
  • Ophtalmologiste : évaluation de la motilité oculaire.
  • Orthoptiste : rééducation des mouvements oculaires en phase de récupération.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez précisément quand la vision double est apparue (soudainement ou progressivement). Signalez tout épisode neurologique similaire passé (troubles de la marche, de la sensibilité, de la vision). Mentionnez vos facteurs de risque cardiovasculaires (hypertension, diabète, tabac, antécédent d'AVC ou d'accident ischémique transitoire).

Questions fréquentes

Ce trouble des yeux est-il toujours lié à la SEP ?

Non, mais la SEP est la cause la plus fréquente chez le jeune adulte (moins de 45 ans), surtout si l'atteinte est bilatérale (les deux yeux). Chez les personnes plus âgées ou avec des facteurs de risque cardiovasculaires (hypertension, diabète), un petit AVC du tronc cérébral est la cause la plus probable. D'autres causes existent mais sont rares.

Les yeux peuvent-ils récupérer normalement ?

Oui, dans de nombreux cas. Dans la SEP, les poussées sont souvent suivies d'une récupération partielle ou complète sur quelques semaines à mois. Après un AVC, la récupération dépend de la taille et de la localisation de la lésion — elle est souvent progressive sur plusieurs mois. Un suivi orthoptique aide à optimiser cette récupération.

Peut-on conduire avec une ophtalmoplégie internucléaire ?

Non, tant que la vision double persiste. La diplopie altère la perception de la profondeur et la sécurité au volant. Il est indispensable d'informer son médecin et de ne pas conduire jusqu'à avis médical favorable. Un cache sur un œil peut permettre de conduire temporairement dans certains cas — uniquement sur avis médical.

La SEP provoque-t-elle souvent des troubles oculaires ?

Oui. Les atteintes oculaires sont parmi les manifestations les plus fréquentes de la SEP. La névrite optique (inflammation du nerf optique provoquant une baisse de la vision d'un œil) est souvent le premier signe de la maladie. L'ophtalmoplégie internucléaire est aussi une manifestation classique. Ces épisodes oculaires sont souvent réversibles avec le traitement.

Cette maladie peut-elle toucher les deux yeux en même temps ?

Oui, l'atteinte bilatérale (les deux faisceaux longitudinaux médiaux lésés) est possible — elle est très évocatrice de la SEP. Elle se manifeste alors par un strabisme divergent (les yeux s'écartent vers l'extérieur) avec absence d'adduction des deux yeux lors du regard latéral.

Y a-t-il un risque de séquelles permanentes ?

Un suivi peut être nécessaire sur le long terme, notamment pour surveiller l'évolution d'une SEP ou prévenir de nouveaux AVC. Des séquelles modestes (légère limitation des mouvements oculaires, discret nystagmus) peuvent persister, mais la gêne fonctionnelle est souvent minime après récupération.

Besoin d'un avis médical ?

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