L'essentiel à retenir

  • Le décollement de la rétine est une urgence ophtalmologique absolue — un retard de prise en charge peut conduire à une cécité irréversible.
  • Les signes d'alarme sont : apparition soudaine de corps flottants (mouches volantes), d'éclairs lumineux (photopsies) et d'un voile ou rideau sombre progressant dans le champ visuel.
  • La chirurgie (vitrectomie ou cerclage) est le seul traitement curatif — réalisée dans les 24 à 72 heures, elle permet de préserver la vision dans la majorité des cas.
  • La myopie forte, les antécédents de traumatisme oculaire et les antécédents familiaux sont les principaux facteurs de risque.

Est-ce grave ?

Le décollement de la rétine (DR) est une urgence oculaire grave — sans traitement rapide, la vision est définitivement perdue. La rétine décollée ne reçoit plus d'oxygène depuis la choroïde et ses photorécepteurs meurent irrémédiablement. Un DR n'atteignant pas la macula est réparable avec récupération visuelle excellente. Quand la macula est décollée, la vision centrale peut rester diminuée même après chirurgie réussie.

Quand aller aux urgences ophtalmologiques ?

Rendez-vous aux urgences ophtalmologiques immédiatement si :

  • Apparition brutale de nombreuses mouches volantes ou d'un "nuage" dans la vision — hémorragie vitrée possible.
  • Éclairs lumineux répétés (photopsies) surtout en vision périphérique.
  • Voile ou rideau sombre progressant dans votre champ visuel.
  • Ces symptômes sont une urgence même en pleine nuit — n'attendez pas le lendemain.

Qu'est-ce qu'un décollement de la rétine ?

La rétine est la fine membrane neurosensorielle qui tapisse le fond de l'oeil et convertit la lumière en signal nerveux. Dans le décollement rhegmatogène (le plus fréquent), un liquide vitréen passe à travers une déchirure ou un trou rétinien et s'accumule entre la rétine neurosensorielle et l'épithélium pigmentaire, les séparant. Il existe aussi des DR tractionnels (cicatrices vitréennes dans le diabète) et exsudatifs (liquide sous-rétinien sans déchirure).

Quels sont les symptômes ?

Phase précurseur (déchirure rétinienne sans DR encore) : photopsies (éclairs lumineux) et myodésopsies (corps flottants augmentés soudainement). Puis apparition d'un voile ou d'un rideau sombre dans le champ visuel périphérique, progressant vers le centre. Si la macula est atteinte : baisse brutale de l'acuité visuelle centrale. L'absence de douleur est caractéristique — la rétine n'est pas innervée pour la douleur.

Quelles sont les causes et facteurs de risque ?

Myopie forte (> 6 dioptries — la rétine est plus mince et plus tendue) est le facteur de risque principal. Autres facteurs : âge (la liquéfaction du vitré augmente avec l'âge — décollement postérieur du vitré favorise les déchirures), traumatisme oculaire, chirurgie de la cataracte (risque faible mais réel), antécédents familiaux de DR, rétinopathie diabétique proliférante (DR tractionnel).

Comment se fait le diagnostic ?

L'examen au fond d'oeil (ophtalmoscopie indirect) après dilatation pupillaire visualise la déchirure et le décollement. L'échographie oculaire est utile en cas de mauvaise visibilité du fond d'oeil (hémorragie vitrée). La tomographie par cohérence optique (OCT) évalue l'atteinte maculaire.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Déchirure rétinienne sans DR : photocoagulation au laser ou cryothérapie pour "souder" la déchirure et prévenir le DR. Décollement rétinien : vitrectomie (ablation du vitré + gaz ou huile de silicone interne pour aplatir la rétine) + laser ou cryothérapie de la déchirure. Ou cerclage scléral (plombe externe comprimant la paroi oculaire). Ou pneumatopexie (injection d'une bulle de gaz) pour les décollements récents sans déchirure inférieure.

Résultats et suivi

85 à 90 % des DR sont réparés après une seule chirurgie. La vision récupère mieux si la macula n'était pas décollée. Le suivi post-opératoire comprend : position post-opératoire imposée (en cas de bulle de gaz), collyres, contrôles réguliers. L'oeil controlatéral est examiné pour chercher et traiter des déchirures avant qu'elles n'évoluent.

Quel spécialiste consulter ?

  • Ophtalmologue en urgence : tout signe d'alarme rétinien.
  • Chirurgien vitréo-rétinien : vitrectomie et cerclage.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez précisément vos symptômes et leur heure de début. Mentionnez vos antécédents oculaires (myopie, chirurgie). Signalez un traumatisme oculaire récent. N'attendez pas — appelez immédiatement votre ophtalmologue ou rendez-vous aux urgences ophtalmologiques.

Questions fréquentes

Toutes les mouches volantes sont-elles un signe de décollement ?

Non. Des corps flottants (myodésopsies) sont très fréquents et souvent bénins, liés à la liquéfaction normale du vitré avec l'âge. Ils sont préoccupants quand ils apparaissent soudainement et en grand nombre, accompagnés de photopsies — signe d'un décollement postérieur du vitré avec traction rétinienne pouvant précéder une déchirure. Un examen ophtalmologique de fond d'oeil est indispensable dans ce cas.

La chirurgie du décollement rétinien est-elle douloureuse ?

La vitrectomie est réalisée sous anesthésie locale ou générale — l'intervention n'est pas douloureuse. Les suites peuvent comporter une gêne oculaire et des douleurs légères traitées par antalgiques. La position post-opératoire imposée (face vers le bas en cas de bulle de gaz) peut être inconfortable mais est indispensable.

Peut-on reprendre le sport après un DR opéré ?

Oui, progressivement. Les sports de contact et les activités à fort impact sont déconseillés pendant 2 à 3 mois. Les sports nautiques, la plongée et les voyages en avion sont contre-indiqués tant que la bulle de gaz est présente (risque d'expansion gazeuse à altitude élevée). Votre chirurgien précisera les délais selon votre cas.

L'oeil myope est-il forcément à risque de DR ?

Les myopes forts (> -6 dioptries) ont une rétine plus fine et plus tendue, avec des lésions dégénératives périphériques (palissades) qui augmentent le risque de déchirure. Ce risque justifie un suivi ophtalmologique annuel avec examen minutieux du fond d'oeil périphérique. Le traitement préventif des lésions à risque (palissades avec trou ou déhiscences) par laser réduit le risque de DR.

Un DR peut-il récidiver après chirurgie ?

Oui, le taux de récidive après chirurgie est de 10 à 15 %. Les récidives sont liées à des rétractions vitréo-rétiniennes (PVR), à des déchirures secondaires non traitées, ou à un glissement de la prothèse. Une deuxième intervention est alors nécessaire.

Le décollement rétinien peut-il être évité chez les myopes ?

Une surveillance régulière permet de détecter et de traiter préventivement les lésions précurseurs (palissades, trous atrophiques) par laser argon ou cryothérapie. Cette photocoagulation préventive "soude" la rétine autour de la lésion et réduit le risque de DR. Une consultation ophtalmologique annuelle est recommandée pour tout myope fort.

Besoin d'un avis médical ?

Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.