L'essentiel à retenir

  • L'entorse est un étirement ou une déchirure ligamentaire consécutif à un mouvement excessif d'une articulation — la cheville est la plus fréquemment touchée.
  • Elle est classée en 3 grades selon la sévérité : de l'étirement ligamentaire (grade 1) à la rupture totale avec instabilité articulaire (grade 3).
  • Le traitement RICE (Repos, Glace, Compression, Élévation) est la clé des premières heures.
  • Une fracture doit être éliminée par radiographie si la règle d'Ottawa est positive.

Est-ce grave ?

La majorité des entorses de grade 1 et 2 guérissent bien en 2 à 6 semaines avec un traitement approprié. Les entorses graves (grade 3, ruptures ligamentaires complètes) peuvent nécessiter une chirurgie et une rééducation prolongée (2 à 6 mois). Une entorse mal traitée ou négligée peut laisser une instabilité chronique exposant aux rechutes et à l'arthrose à long terme.

Quand consulter rapidement ?

Consultez aux urgences ou chez votre médecin si :

  • Douleur vive empêchant tout appui sur le membre — une fracture doit être éliminée.
  • Déformation visible de l'articulation, craquement audible au moment du traumatisme.
  • Instabilité complète de l'articulation ou "hémarthrose" (gros épanchement sanguin intra-articulaire).
  • Absence d'amélioration après 48-72 heures de traitement RICE.

Qu'est-ce qu'une entorse ?

Une entorse est une lésion des ligaments d'une articulation, causée par un mouvement forcé dépassant les amplitudes physiologiques normales. Elle touche le plus souvent la cheville (ligament latéral externe — LLE — en inversion), mais aussi le genou (ligaments croisés, ligament latéral interne), le poignet, et les doigts. On la distingue de la luxation (déplacement complet et permanent des surfaces articulaires) et de la fracture (rupture osseuse).

Quels sont les symptômes ?

La douleur est immédiate, localisée au niveau des ligaments atteints. Un gonflement (oedème) et un hématome (ecchymose) apparaissent dans les premières heures. L'impotence fonctionnelle (difficultés à marcher ou mobiliser l'articulation) varie selon le grade. Grade 1 : douleur légère, pas de gonflement significatif, marche possible. Grade 2 : douleur modérée, gonflement, marche difficile. Grade 3 : douleur intense, gonflement important, impossibilité d'appui, instabilité articulaire marquée.

Quelles sont les causes ?

Un faux mouvement ou traumatisme est toujours à l'origine — entorse de cheville lors d'une torsion, entorse du genou lors d'un sport de pivot (football, basket), entorse du poignet lors d'une chute. Les facteurs de risque incluent : hyperlaxité ligamentaire constitutionnelle, fatigue musculaire, terrain instable, chaussures inadaptées, antécédents d'entorses (ligaments moins solides après cicatrisation), faiblesse musculaire péri-articulaire.

Comment se fait le diagnostic ?

L'examen clinique comprend la palpation des ligaments, les tests de stabilité articulaire et l'évaluation de l'appui. Les règles d'Ottawa (cheville et pied) guident l'indication de la radiographie : présence d'une douleur osseuse postérieure et impossibilité d'appui indiquent une radio pour éliminer une fracture. L'IRM est réservée aux formes grade 3 ou instabilités chroniques pour documenter les lésions ligamentaires et cartilagineuses.

Quels traitements peuvent être proposés ?

RICE dans les premières 48-72 heures : Repos relatif (décharge si douleur intense), Glace (15 à 20 minutes toutes les 2 heures, jamais directement sur la peau), Compression (attelle ou bandage élastique), Élévation du membre. La reprise de l'appui progressive est encouragée dès que possible. Une attelle amovible (chevillère) pendant 3 à 6 semaines est recommandée pour les grades 2 et 3. La kinésithérapie (proprioception, renforcement musculaire) est indispensable pour prévenir les récidives. La chirurgie est rarement nécessaire sauf pour les ruptures complètes instables ou les sportifs de haut niveau.

Retour au sport et prévention des récidives

La reprise sportive ne doit pas être prématurée — elle se fait de manière progressive une fois la mobilité, la force et la proprioception restaurées. Les chevilles instables bénéficient d'une attelle de proprioception sportive. Les exercices de proprioception (plateau de Freeman) sont essentiels pour prévenir les récidives (réduction de 50 % du risque).

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste / Médecin du sport : premier bilan, orientation.
  • Urgences : si suspicion de fracture.
  • Kinésithérapeute : rééducation proprioceptive et musculaire.
  • Chirurgien orthopédiste : entorses grade 3 instables ou récidivantes.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez le mécanisme du traumatisme (inversion, éversion, torsion). Précisez si vous pouvez poser le pied au sol. Signalez un craquement entendu au moment de l'accident. Mentionnez vos antécédents d'entorses. Apportez vos radiographies si déjà faites.

Questions fréquentes

Faut-il toujours faire une radio après une entorse de cheville ?

Non, pas systématiquement. Les règles d'Ottawa guident l'indication : une radio est nécessaire uniquement si la douleur est localisée sur les os (malléoles, base du 5e métatarse, os naviculaire) et si la mise en charge est impossible (incapacité à faire 4 pas). Dans les autres cas, la radio n'est pas nécessaire.

Doit-on immobiliser une entorse de cheville avec du plâtre ?

Non, en règle générale. Le plâtre n'est plus recommandé pour les entorses car il retarde la rééducation et la proprioception. Une attelle amovible (chevillère semi-rigide) est préférable — elle stabilise tout en permettant une mobilisation progressive.

Pourquoi une entorse peut-elle prendre des semaines à guérir ?

Les ligaments ont une vascularisation médiocre — leur cicatrisation est lente (6 à 8 semaines pour une cicatrisation complète). Mais la récupération fonctionnelle dépend surtout de la rééducation proprioceptive : un ligament peut être cicatrisé et l'articulation rester instable sans rééducation adaptée.

Peut-on marcher avec une entorse de grade 2 ?

Oui, dès que la douleur le permet. La mise en charge précoce (sous protection avec chevillère) favorise une meilleure cicatrisation et une récupération plus rapide. Le repos strict et l'immobilisation totale prolongés sont contre-productifs.

Comment distinguer une entorse d'une fracture sans radio ?

C'est souvent impossible cliniquement — d'où les règles d'Ottawa. Une douleur osseuse directe à la palpation des malléoles ou des os du pied, associée à une impossibilité d'appui, doit faire pratiquer une radiographie. Les deux pathologies peuvent se présenter avec un gonflement et des ecchymoses similaires.

Les entorses à répétition abîment-elles les articulations ?

Oui. Des entorses répétées ou une instabilité chronique non traitée peuvent conduire à une arthrose précoce de la cheville, au développement de lésions cartilagineuses et de corps étrangers intra-articulaires (ostéochondrite). C'est pourquoi la rééducation proprioceptive est indispensable pour prévenir les récidives.

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