L'essentiel à retenir
- Le reflux gastro-oesophagien (RGO) est le passage anormal du contenu gastrique vers l'oesophage — il touche 20 à 30 % de la population adulte.
- Le pyrosis (brûlure remontant derrière le sternum) et les régurgitations acides sont les symptômes caractéristiques.
- Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP — oméprazole, ésoméprazole) sont très efficaces.
- Un RGO chronique non traité peut évoluer vers une oesophagite, un endobrachyoesophage (Barrett) et exceptionnellement un adénocarcinome de l'oesophage.
Est-ce grave ?
Le RGO simple est bénigne et très bien contrôlée par les IPP. Les complications sont rares mais importantes : oesophagite érosive (inflammation de la muqueuse oesophagienne), sténose peptique (rétrécissement), endobrachyoesophage (métaplasie de Barrett — facteur de risque d'adénocarcinome oesophagien). Une surveillance endoscopique est indiquée pour les patients à risque d'Barrett.
Quand consulter en urgence ?
Consultez rapidement si :
- Dysphagie (difficulté à avaler) progressive ou odynophagie (douleur à la déglutition) — sténose ou cancer à exclure.
- Hématémèse ou méléna — oesophagite hémorragique ou ulcère.
- Douleur thoracique aiguë pour laquelle une origine cardiaque doit être éliminée.
Qu'est-ce que le RGO ?
Le RGO est défini par le reflux fréquent ou prolongé du contenu gastrique (acide, pepsine, bile) dans l'oesophage, provoquant des symptômes gênants et/ou des lésions muqueuses. Le mécanisme principal est une incompétence du sphincter inférieur de l'oesophage (SIO) — relaxations transitoires inappropriées du SIO (RTSI) favorisées par la hernie hiatale, l'obésité, la grossesse, les repas riches en graisses et en café. La hernie hiatale par glissement est présente dans 50 à 80 % des RGO sévères.
Quels sont les symptômes ?
Symptômes typiques : pyrosis (brûlures rétrosternales, remontant vers la gorge), régurgitations acides ou alimentaires, aggravées après les repas, en position penchée en avant et en décubitus. Symptômes extra-oesophagiens : toux chronique nocturne, enrouement (laryngite de reflux), asthme aggravé, érosions dentaires (acidité). Douleurs thoraciques non cardiaques. Symptômes d'alarme (→ gastroscopie) : dysphagie, amaigrissement, saignements, anémie, début > 50 ans.
Comment se fait le diagnostic ?
Clinique : diagnostic souvent suffisant sur la base des symptômes typiques (pyrosis + régurgitations). Fibroscopie oeso-gastro-duodénale (FOGD) : indiquée en présence de signes d'alarme, RGO depuis > 5 ans, résistance aux IPP — visualise l'oesophagite, le Barrett, les complications. pH-métrie oesophagienne des 24h : gold standard pour les formes atypiques ou résistantes — mesure le score DeMeester (acidification oesophagienne). Impédancemétrie : détecte les reflux acides et non acides.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Règles hygiénodiététiques : éviction des facteurs déclenchants (café, alcool, graisses, chocolat, menthe, tabac), réduction du poids en cas de surpoids, repas légers, dîner 3h avant le coucher, surélévation de la tête du lit (15 cm), éviter les vêtements serrés. IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) : oméprazole, ésoméprazole, pantoprazole, rabéprazole — 20 à 40 mg/j avant le repas — très efficaces (80 % de rémission) — en cure ou traitement continu selon la sévérité. Antiacides et alginates (Gaviscon) : soulagement symptomatique rapide. Anti-H2 (ranitidine — retiré, famotidine) : alternative aux IPP pour les formes légères. Chirurgie anti-reflux (fundoplicature de Nissen, LINX) : indiquée pour les RGO sévères avec hernie hiatale, en cas de dépendance aux IPP ou de reflux non acide résistant.
Quel spécialiste consulter ?
- Médecin généraliste : diagnostic et traitement de première ligne.
- Gastroentérologue : endoscopie, pH-métrie, formes complexes ou résistantes.
- Chirurgien digestif : chirurgie anti-reflux.
Comment préparer sa consultation ?
Décrivez vos symptômes (pyrosis, régurgitations, toux, enrouement). Notez les aliments et situations déclenchants. Listez vos médicaments (AINS, anti-calciques, nitrates — aggravent le RGO). Mentionnez la durée et l'évolution des symptômes.
Questions fréquentes
Peut-on prendre des IPP à vie ?
Oui, si le bénéfice dépasse les risques. Pour les RGO avec oesophagite sévère ou Barrett, un traitement IPP continu est recommandé. Les études sur la sécurité à long terme des IPP montrent des associations avec la carence en magnésium, en vitamine B12, les infections à C. difficile et possiblement la fracture osseuse — mais le risque absolu est faible. La dose minimale efficace est utilisée en traitement de maintenance.
Le RGO peut-il causer un cancer ?
Indirectement, via l'endobrachyoesophage (métaplasie de Barrett) — remplacement de la muqueuse oesophagienne par une muqueuse intestinale en réponse au reflux acide chronique. Le Barrett est un facteur de risque d'adénocarcinome oesophagien (0,1 à 0,5 % par an). Les patients avec Barrett bénéficient d'une surveillance endoscopique régulière (tous les 2 à 5 ans selon le degré de dysplasie).
Le stress aggrave-t-il le RGO ?
Oui. Le stress psychologique augmente la perception des symptômes de RGO (hyperalgésie viscérale) et peut aggraver la relaxation du SIO via le système nerveux autonome. La gestion du stress (relaxation, TCC) peut améliorer les symptômes — mais elle ne remplace pas le traitement médicamenteux des formes modérées à sévères.
La hernie hiatale est-elle une maladie grave ?
La hernie hiatale par glissement (la plus fréquente) est dans la grande majorité des cas bénigne — elle favorise le RGO mais n'est pas dangereuse en elle-même. La hernie hiatale para-oesophagienne (ou mixte) peut se compliquer d'un étranglement — nécessitant une chirurgie urgente. Toute hernie hiatale symptomatique doit être évaluée par endoscopie.
L'alcool aggrave-t-il le RGO ?
Oui. L'alcool diminue le tonus du sphincter inférieur de l'oesophage et stimule la sécrétion acide — il aggrave le RGO. La bière est particulièrement acide et fermentescible. La réduction ou l'arrêt de l'alcool fait partie des mesures hygiénodiététiques fondamentales du RGO.
Le RGO peut-il simuler une crise cardiaque ?
Oui. La douleur thoracique d'origine oesophagienne (spasme oesophagien ou oesophagite) peut simuler un angor ou un infarctus — brûlure rétrosternale irradiant dans le bras gauche ou la mâchoire, soulagée par les antiacides. En cas de doute, une cause cardiaque doit toujours être exclue en urgence par ECG et troponines avant d'attribuer la douleur au RGO.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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