L'essentiel à retenir
- La goutte est la plus fréquente des arthrites inflammatoires chez l'adulte — elle est due à des dépôts de cristaux d'urate de sodium dans les articulations.
- La crise de goutte se manifeste par une douleur articulaire intense, soudaine, surtout nocturne, touchant classiquement le gros orteil (podagre).
- La colchicine (ou les AINS) traite la crise aiguë — l'allopurinol (uricosurique) prévient les récidives en abaissant l'uricémie.
- Les facteurs déclenchants (alcool, viande rouge, fruits de mer, déshydratation) doivent être limités.
Est-ce grave ?
Une crise de goutte isolée n'est pas grave mais extrêmement douloureuse. Sans traitement de fond, la goutte devient chronique : crises à répétition touchant plusieurs articulations, formation de tophus (dépôts sous-cutanés de cristaux d'urate), destruction articulaire et insuffisance rénale (néphropathie urique et lithiase rénale). Avec un traitement hypouricémiant efficace, la goutte est une maladie parfaitement contrôlable.
Quand consulter ?
Consultez rapidement si :
- Douleur articulaire soudaine et intense avec rougeur et chaleur locale — crise de goutte probable nécessitant un traitement rapide.
- Fièvre associée à une arthrite — sepsis articulaire ou arthrite infectieuse à éliminer en urgence.
- Oligurie ou anurie chez un goutteux — insuffisance rénale aiguë.
Qu'est-ce que la goutte ?
La goutte est une arthropathie microcristalline due à la précipitation de cristaux d'urate monosodique (UMS) dans les articulations et les tissus mous, en cas d'hyperuricémie chronique (uricémie > 360 micromol/L ou 60 mg/L chez la femme, > 420 micromol/L chez l'homme). L'urate est le produit final du catabolisme des purines chez l'homme (contrairement aux autres mammifères qui ont une uricase transformant l'urate en allantoïne soluble). L'hyperuricémie résulte d'une surproduction de purines ou (plus souvent) d'une sous-excrétion rénale d'urate.
Quels sont les symptômes ?
Crise de goutte aiguë : douleur articulaire brutale, intense (souvent nocturne), mono-articulaire, avec rougeur, chaleur, gonflement et impotence fonctionnelle complète. Début classique au gros orteil (métatarsophalangienne — podagre), puis cheville, genou, coude, poignet. Résolution spontanée en 7 à 10 jours sans traitement. Intervalles intercritiques asymptomatiques initialement. Goutte chronique tophacée : tophus (dépôts blanchâtres sous-cutanés aux oreilles, tendons, articulations), crises de plus en plus fréquentes et polyarticulaires, destruction articulaire.
Quelles sont les causes ?
Facteurs alimentaires : purines exogènes (viande rouge, abats, fruits de mer, anchois, sardines), alcool (surtout bière et alcools forts — réduisent l'excrétion rénale d'urate), fructose (boissons sucrées). Facteurs médicamenteux : diurétiques (thiazidiques, furosémide), ciclosporine, aspirine faible dose. Facteurs systémiques : syndrome métabolique, obésité, HTA, insuffisance rénale, hémopathies (turnover cellulaire élevé), psoriasis. Prédisposition génétique (déficit en HGPRT — syndrome de Lesch-Nyhan, mutations ABCG2).
Comment se fait le diagnostic ?
Clinique : présentation typique (podagre nocturne) souvent suffisante. Biologie : uricémie (souvent normale pendant la crise aiguë ! — ne pas mesurer en pleine crise). NFS, CRP, créatinine. Ponction articulaire (arthrocentèse) avec identification des cristaux d'UMS en lumière polarisée — gold standard mais non toujours réalisée dans les formes typiques. Échographie articulaire : visualise les dépôts d'urate (signe du double contour). TDM à faible dose (DECT) : détecte les dépôts d'urate de façon non invasive.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Crise aiguë : colchicine (0,5 mg × 3/j, puis 0,5 mg × 2/j — initiée le plus tôt possible). Ou AINS (indométacine, naproxène, ibuprofène). Corticoïdes (prednisone) si contre-indications aux deux précédents. Glaçage de l'articulation. Traitement de fond (hypouricémiant) : Allopurinol (Zyloric) — inhibiteur de la xanthine oxydase — traitement de référence — initier après résolution de la crise aiguë — à dose croissante jusqu'à objectif uricémie < 300 micromol/L (< 50 mg/L). Fébuxostat (Adenuric) — alternative à l'allopurinol en cas d'intolérance ou d'insuffisance rénale. Benzbromarone (uricosurique) — augmente l'excrétion rénale d'urate. Colchicine prophylactique (0,5-1 mg/j) pendant les 3 à 6 premiers mois du traitement hypouricémiant (prévient les crises induites par la mobilisation des dépôts).
Quel spécialiste consulter ?
- Médecin généraliste : prise en charge de la crise et initiation du traitement de fond.
- Rhumatologue : formes sévères, tophacées, résistantes ou diagnostics difficiles.
- Néphrologue : goutte avec insuffisance rénale ou lithiase urique.
Comment préparer sa consultation ?
Décrivez la localisation et la durée de vos crises. Listez vos médicaments (diurétiques, aspirine). Décrivez votre alimentation (alcool, viandes, fruits de mer). Apportez vos résultats d'uricémie et de bilan rénal. Signalez des antécédents familiaux de goutte.
Questions fréquentes
Peut-on commencer l'allopurinol pendant une crise de goutte ?
Non. Démarrer l'allopurinol pendant une crise aiguë peut prolonger ou aggraver la crise en mobilisant les cristaux d'urate. L'allopurinol est initié (ou réintroduit) après la résolution complète de la crise, au moins 2 à 4 semaines plus tard. Une colchicine prophylactique est co-prescrite les 3 à 6 premiers mois pour prévenir les crises induites par l'initiation du traitement.
Doit-on prendre l'allopurinol à vie ?
Oui, dans la majorité des cas, l'allopurinol est un traitement au long cours. L'arrêt entraîne une remontée de l'uricémie et la reprise des crises. Les patients avec des tophus ou une néphropathie urique bénéficient clairement du traitement prolongé.
Les cerises ont-elles vraiment un effet contre la goutte ?
Des études épidémiologiques suggèrent que la consommation de cerises (fraîches ou en extrait) réduit le risque de crises de goutte, probablement via un effet anti-inflammatoire (anthocyanines) et une légère réduction de l'uricémie. Les données restent insuffisantes pour en faire une recommandation formelle — les cerises ne remplacent pas le traitement hypouricémiant mais peuvent être un complément bénéfique.
Peut-on boire de l'alcool avec la goutte ?
La consommation d'alcool doit être très modérée, voire supprimée. La bière (riche en purines et en alcool) est particulièrement déconseillée. Le vin rouge en quantité modérée semble moins problématique que la bière. L'alcool inhibe l'excrétion rénale d'urate et augmente la production d'acide lactique — deux mécanismes qui élèvent l'uricémie.
La goutte peut-elle toucher des femmes ?
Oui. La goutte est beaucoup plus fréquente chez l'homme (ratio H/F = 4:1) car les estrogènes favorisent l'excrétion rénale d'urate chez la femme. Après la ménopause, le risque féminin se rapproche du risque masculin. Les femmes ménopausées sous diurétiques thiazidiques sont particulièrement à risque.
L'uricémie doit-elle être dosée pendant la crise ?
Non. L'uricémie s'abaisse souvent pendant la crise aiguë (mobilisation des cristaux) et peut être normale ou basse, créant un faux sentiment de sécurité. L'uricémie doit être mesurée à distance de la crise (au moins 3 à 4 semaines après sa résolution) pour évaluer le niveau basal et guider le traitement de fond.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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