L'essentiel à retenir

  • L'épiphysiolyse fémorale supérieure (EFS) est un glissement de l'épiphyse (tête du fémur) par rapport au col fémoral au niveau du cartilage de croissance (physe), chez l'adolescent en pleine poussée de croissance.
  • Elle survient principalement entre 11 et 15 ans, chez des adolescents en surpoids ou obèses, souvent lors d'un effort ou de façon progressive.
  • La douleur est à la hanche mais peut irradier vers le genou — d'où des retards diagnostiques fréquents.
  • Le traitement est chirurgical en urgence (vissage de la tête fémorale) pour stabiliser le glissement et éviter la nécrose avasculaire de la tête fémorale.

Est-ce grave ?

Sans traitement rapide, l'EFS peut provoquer une nécrose avasculaire de la tête fémorale (destruction de la tête du fémur par manque de vascularisation) — cause de coxarthrose précoce sévère et d'handicap majeur. Une chondrolyse (destruction du cartilage de l'articulation) est aussi possible. Traitée rapidement par chirurgie, la plupart des EFS stables guérissent sans séquelles majeures.

Quand consulter rapidement ?

Consultez rapidement si :

  • Adolescent avec douleur à la hanche ou au genou + boiterie, surtout en surpoids — radiographie des hanches en urgence.
  • EFS connue : toute chute ou aggravation brutale des douleurs peut signifier un glissement aigu — urgence chirurgicale immédiate.
  • Rotule externe de la cuisse et limitation de la rotation interne de la hanche — signes spécifiques à rechercher.

Qu'est-ce que l'épiphysiolyse fémorale supérieure ?

Le fémur est l'os de la cuisse. Sa tête (épiphyse) est reliée au col fémoral par une zone cartilagineuse appelée physe ou cartilage de croissance. Pendant la puberté, la physe est plus vulnérable mécaniquement — notamment sous l'effet des forces de cisaillement lors d'une prise de poids rapide. Dans l'EFS, la tête fémorale glisse vers l'arrière et vers le bas par rapport au col fémoral au niveau de cette physe fragilisée. On distingue l'EFS stable (l'adolescent peut encore marcher, même avec douleur) de l'EFS instable (l'adolescent ne peut plus marcher du tout, glissement aigu) — l'EFS instable a un risque de nécrose avasculaire beaucoup plus élevé. L'EFS est bilatérale dans 20 à 40 % des cas — d'où l'importance d'examiner les deux hanches.

Quels sont les symptômes ?

Douleur à l'aine ou à la hanche, souvent progressive sur plusieurs semaines. Douleur projetée au genou (très fréquente — responsable de retards diagnostiques). Boiterie progressive. Rotation externe spontanée de la jambe atteinte en marchant. Limitation de la flexion et de la rotation interne de la hanche. Dans les formes aiguës : douleur brutale, incapacité totale à marcher. Signes cliniques : signe de Drehmann — lors de la flexion de la hanche, la jambe part en rotation externe spontanément.

Comment se fait le diagnostic ?

Radiographies du bassin de face et des hanches de profil (en grenouille — frog leg) : visualisent le glissement de la tête fémorale. Le signe de Steel (ligne de Klein modifiée) confirme le glissement. IRM de la hanche : si la radiographie est normale mais la suspicion clinique est forte (stade très précoce), ou pour évaluer la vascularisation de la tête fémorale.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Mise en décharge immédiate : béquilles ou fauteuil roulant dès le diagnostic — interdit d'appuyer sur la jambe jusqu'à la chirurgie. Chirurgie en urgence : vissage in situ (sans réduction du glissement) — une vis canulée est placée perpendiculairement à la physe pour stabiliser la tête fémorale et permettre la fermeture du cartilage de croissance. Réduction et ostéotomie : réservées aux formes très déplacées ou chroniques — techniques plus complexes avec risque plus élevé de nécrose. Chirurgie préventive de la hanche controlatérale : souvent proposée même si non atteinte (risque de 20-40 % d'EFS bilatérale dans les mois suivants). Rééducation post-opératoire : déambulation progressive avec béquilles, kinésithérapie.

Peut-on guérir ? Évolution et suivi

Les EFS stables traitées précocement ont un excellent pronostic — guérison fonctionnelle complète dans la grande majorité des cas. Les EFS instables ont un risque de nécrose avasculaire de 15 à 50 % — séquelles possibles. Un suivi radiographique régulier est nécessaire jusqu'à la fermeture du cartilage de croissance et au-delà pour surveiller la survenue d'une coxarthrose.

Quel spécialiste consulter ?

  • Chirurgien orthopédiste pédiatrique : prise en charge et chirurgie.
  • Pédiatre : coordination du bilan étiologique (obésité, troubles endocriniens associés).
  • Endocrinologue pédiatrique : si EFS atypique (enfant mince, jeune ou bilatérale) — recherche d'un trouble hormonal.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez la durée et l'évolution de la douleur. Précisez si elle est à la hanche, à l'aine ou au genou. Indiquez le poids et la taille de l'adolescent, l'IMC si connu. Mentionnez les antécédents médicaux et les traitements en cours. Signalez toute douleur au genou "inexpliquée" chez un adolescent.

Questions fréquentes

Pourquoi la douleur est-elle au genou et non à la hanche ?

C'est un phénomène de projection de la douleur — la douleur d'origine articulaire à la hanche est transmise par des branches nerveuses (nerf obturateur) qui innervent aussi le genou. Ce piège diagnostique est classique : des EFS sont diagnostiquées tardivement parce que le genou a été radiographié mais pas la hanche. Tout genou inexpliqué chez un adolescent doit faire examiner la hanche.

L'EFS est-elle héréditaire ?

Il n'y a pas de transmission génétique directe identifiée pour l'EFS. Cependant, des facteurs familiaux de morphologie (obésité, retournement postérieur de la hanche en valgus) peuvent prédisposer. Les troubles endocriniens (hypothyroïdie, hypopituitarisme) sont plus souvent associés aux EFS atypiques (adolescent mince, bilatéral, jeune ou tardif).

L'adolescent peut-il faire du sport après la chirurgie ?

Oui, après guérison complète. La reprise sportive se fait progressivement — généralement 3 à 6 mois après la chirurgie selon la sévérité du glissement initial. Des sports à fort impact (course à pied, sauts) sont à reprendre plus prudemment. Le chirurgien décide du moment de reprise selon la radiographie de contrôle.

La vis posée lors de la chirurgie est-elle retirée ?

La vis est le plus souvent laissée en place jusqu'à la fermeture complète du cartilage de croissance (1 à 2 ans après la chirurgie) puis retirée, ou parfois laissée définitivement si elle est bien tolérée et ne provoque pas de gêne. Cela dépend du type de vis, de la localisation et de la décision du chirurgien.

L'obésité est-elle la seule cause de l'EFS ?

Non. L'obésité est le principal facteur de risque, mais des causes hormonales (hypothyroïdie, hypogonadisme, déficit en hormone de croissance, insuffisance rénale chronique) doivent être recherchées notamment dans les cas atypiques (enfant de moins de 10 ans, sans surpoids, EFS bilatérale). Un bilan endocrinologique est recommandé dans ces situations.

Peut-on prévenir l'EFS ?

La prévention passe par la lutte contre l'obésité infantile et la surveillance de la croissance pondérale à l'adolescence. Chez les adolescents obèses, une surveillance orthopédique des hanches peut être proposée si des douleurs ou une boiterie apparaissent. La sensibilisation des médecins et des parents au symptôme de "genou douloureux inexpliqué chez l'adolescent" permet de réduire les retards diagnostiques.

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