Est-ce grave ?
Oui. Le syndrome de Korsakoff est une démence sévère — les lésions cérébrales installées (dans les corps mamillaires et le thalamus médian) sont souvent irréversibles. Seulement une minorité de patients récupère significativement, même avec un traitement optimal. Sans supplémentation en thiamine et sans abstinence, la maladie progresse. C'est une urgence médicale au stade de l'encéphalopathie de Wernicke — avant que le syndrome de Korsakoff ne s'installe.
Quand consulter en urgence ?
Appelez le 15 ou les urgences si une personne alcoolique présente :
- Confusion, désorientation, regard fixe — encéphalopathie de Wernicke (urgence neurologique).
- Difficultés à marcher, chutes, instabilité — ataxie cérébelleuse aiguë.
- Paralysie ou déviation des yeux — atteinte des nerfs oculomoteurs.
Qu'est-ce que le syndrome de Korsakoff ?
La thiamine (vitamine B1) est indispensable au métabolisme énergétique des cellules nerveuses — sans elle, certaines structures cérébrales très consommatrices d'énergie (les corps mamillaires — petites structures à la base du cerveau liées à la mémoire, et le thalamus médian) subissent des lésions métaboliques puis nécrotiques (mort cellulaire). L'alcoolisme chronique entraîne une carence en thiamine par plusieurs mécanismes : apports alimentaires insuffisants (l'alcool remplace souvent les repas), malabsorption digestive, et perturbation du métabolisme hépatique. L'encéphalopathie de Wernicke (confusion, ataxie, paralysie oculomotrice) est la phase aiguë de la carence — elle précède souvent le syndrome de Korsakoff. Le syndrome de Korsakoff est la conséquence des lésions persistantes de ces structures mémorielles.
Quels sont les symptômes ?
Amnésie antérograde massive : impossibilité de mémoriser toute information nouvelle — le patient oublie en quelques minutes ce qui vient de se passer (une conversation, un repas). Amnésie rétrograde : effacement variable des souvenirs anciens (les souvenirs les plus récents sont les plus touchés). Confabulations : le patient "invente" involontairement des souvenirs cohérents pour combler les lacunes mnésiques — il ne ment pas consciemment mais confabule. Désorientation temporelle sévère (ne sait plus quelle année on est, quel âge il a). Conscience de soi souvent préservée (le patient peut être conscient de ses troubles ou les minimiser). Fonctions cognitives globalement mieux préservées que la mémoire (intelligence, langage, raisonnement peuvent rester corrects).
Comment le diagnostic est-il posé ?
Clinique : l'association amnésie sévère + confabulations + contexte d'alcoolisme est très évocatrice. Dosage de la thiaminémie (B1) dans le sang : souvent effondré. Bilan de malnutrition : albuminémie, NFS, bilan hépatique. IRM cérébrale : lésions des corps mamillaires et du thalamus médian (hypersignal en phase aiguë — Wernicke, atrophie en phase chronique — Korsakoff). Tests neuropsychologiques : confirment le profil mnésique caractéristique.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Thiamine parentérale (intraveineuse ou intramusculaire) en urgence : doses élevées (200-500 mg 3 fois par jour au minimum les premiers jours) — traite l'encéphalopathie de Wernicke et peut partiellement prévenir la consolidation du Korsakoff si administrée précocement. Attention : ne jamais donner du glucose intraveineux avant la thiamine chez un patient alcoolique suspecté de carence — cela précipite l'encéphalopathie. Abstinence alcoolique et renutrition : conditions indispensables à toute stabilisation. Prise en charge addictologique : sevrage alcoolique sécurisé, accompagnement psychosocial. Thiamine orale au long cours : en relais des injections. Rééducation neuropsychologique : aide à développer des stratégies compensatrices (notes écrites, routines).
Quel spécialiste consulter ?
- Urgentiste/Interniste : prise en charge aiguë de l'encéphalopathie de Wernicke.
- Neurologue : bilan et suivi du syndrome de Korsakoff.
- Addictologue : sevrage alcoolique et accompagnement.
- Gériatre ou psychiatre : selon le profil et les comorbidités.
Comment préparer sa consultation ?
Décrivez précisément les troubles mnésiques observés chez le proche. Évaluez la consommation d'alcool (quantité quotidienne approximative, durée). Notez les signes associés (chutes, difficultés à marcher, yeux qui bougent anormalement). Listez les autres médicaments et la nutrition habituelle.
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