Est-ce grave ?

La dépression est une maladie grave et potentiellement mortelle — elle est la première cause de suicide. Sans traitement, elle peut entraîner une altération sévère de la qualité de vie, une incapacité professionnelle, et des complications somatiques (maladies cardiovasculaires, immunodépression). Avec un traitement adapté et un suivi rigoureux, la grande majorité des patients récupèrent. La récidive est fréquente (50 % après un premier épisode) — d'où l'importance du traitement de fond.

Quand consulter en urgence ?

Appelez le 15 ou le 3114 (numéro national de prévention du suicide) si :

  • Idées suicidaires avec plan, intention ou accès aux moyens.
  • Agitation psychomotrice intense, état stuporeux ou épisode maniaque aigu.
  • Refus total de s'alimenter ou de s'hydrater.
  • Comportement auto-agressif ou mise en danger immédiate.

Qu'est-ce que la dépression ?

L'épisode dépressif caractérisé (EDC) est défini par la présence d'au moins 5 des 9 critères DSM-5 pendant au moins 2 semaines, incluant obligatoirement la tristesse persistante ou la perte d'intérêt. La dépression est une maladie biologique impliquant des dysfonctions des neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline, dopamine) et des modifications structurelles cérébrales. Elle peut être unipolaire (récurrente) ou s'inscrire dans un trouble bipolaire (alternance dépression-manie).

Quels sont les symptômes ?

Humeur dépressive persistante (tristesse, vide, désespoir), perte d'intérêt et de plaisir (anhédonie) pour les activités habituellement appréciées, fatigabilité et perte d'énergie, troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), troubles de la concentration et de la mémoire, perte ou gain d'appétit avec variation pondérale, agitation ou ralentissement psychomoteur, sentiment de dévalorisation et culpabilité excessive, idées de mort ou suicidaires. La sévérité est évaluée par des échelles (PHQ-9, Hamilton, Montgomery-Asberg).

Quelles sont les causes ?

La dépression est multifactorielle : vulnérabilité génétique (risque 2 à 3 fois plus élevé si parent du premier degré dépressif), facteurs biologiques (dysrégulation des axes HPA et HHS, neuroinflammation), facteurs psychologiques (schémas cognitifs négatifs, traumas précoces, attachement insécure), et facteurs environnementaux (événements de vie stressants, deuil, divorce, chômage, isolement social). Les pathologies somatiques (hypothyroïdie, cancer, douleur chronique) et certains médicaments peuvent induire une dépression secondaire.

Comment se fait le diagnostic ?

Le diagnostic est clinique — basé sur l'entretien psychiatrique et l'évaluation des critères DSM-5. Un bilan biologique (TSH, NFS, ionogramme, bilan hépatique, vitamine B12 et folates) élimine une cause organique. L'évaluation du risque suicidaire est systématique. Le diagnostic différentiel inclut le trouble bipolaire (les antidépresseurs seuls peuvent déclencher un épisode maniaque), la dysthymie, les troubles anxieux, et les étiologies somatiques.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Psychothérapies : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont les mieux validées pour la dépression — elles ciblent les pensées négatives et les comportements d'évitement. La psychothérapie interpersonnelle (TIP) et la thérapie d'activation comportementale sont également efficaces. Antidépresseurs : les ISRS (fluoxétine, sertraline, escitalopram) et les IRSNA (venlafaxine, duloxétine) sont les médicaments de première ligne — délai d'action de 2 à 4 semaines, durée minimale 6 mois après rémission pour prévenir la récidive. La combinaison psychothérapie + antidépresseur est plus efficace que chacun seul dans les formes modérées à sévères. Pour les dépressions résistantes : stimulation magnétique transcrânienne (TMS), électroconvulsivothérapie (ECT), kétamine intraveineuse.

Peut-on guérir ? Évolution

La majorité des épisodes dépressifs traités se résolvent en 3 à 6 mois. Le traitement doit être maintenu au moins 6 mois après la rémission pour éviter la rechute. En cas d'épisodes récidivants (≥ 3 épisodes), un traitement de fond au long cours est recommandé. Les récidives sont fréquentes — une psychothérapie de maintien améliore le pronostic à long terme.

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste : premier recours, traitement des formes légères à modérées.
  • Psychiatre : formes sévères, suicidaires, résistantes ou complexes (trouble bipolaire).
  • Psychologue : psychothérapie individuelle.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez vos symptômes, leur durée et leur évolution. Notez votre degré de fonctionnement (travail, relations). Mentionnez vos antécédents dépressifs et les traitements passés. Signalez tout antécédent de manie ou d'hypomanie dans votre entourage (trouble bipolaire potentiel). Parlez ouvertement des idées suicidaires si présentes.