L'essentiel à retenir
- Le cancer du rein (carcinome rénal) représente 3 % des cancers de l'adulte — le carcinome à cellules claires est le type le plus fréquent (75 %).
- Il est souvent découvert fortuitement lors d'une échographie ou scanner réalisé pour autre motif — la classique triade (hématurie, douleur lombaire, masse palpable) est devenue rare.
- La chirurgie (néphrectomie partielle ou totale) est curative pour les formes localisées.
- Les formes métastatiques bénéficient des thérapies ciblées (sunitinib, cabozantinib) et de l'immunothérapie (nivolumab, pembrolizumab) avec des résultats remarquables.
Est-ce grave ?
Le cancer du rein localisé a un excellent pronostic après chirurgie — survie à 5 ans de 90 à 95 %. Les formes avec extension locorégionale ont un pronostic intermédiaire. Les formes métastatiques d'emblée ont un pronostic plus réservé mais transformé par les nouvelles thérapies — la survie à 5 ans dépasse 25 à 30 % avec les combinaisons immunothérapie + thérapie ciblée.
Quand consulter rapidement ?
Consultez rapidement si :
- Hématurie macroscopique (sang visible dans les urines) — surtout indolore.
- Douleur lombaire unilatérale persistante, non mécanique.
- Masse palpable au niveau du flanc.
- AEG inexpliquée (amaigrissement, fièvre, fatigue).
Qu'est-ce que le cancer du rein ?
Les carcinomes rénaux naissent des cellules épithéliales des tubules rénaux. Principaux types : carcinome à cellules claires (75 % — mutation VHL, voie mTOR/VEGF) ; carcinome papillaire (15 % — types 1 et 2 — mutations MET, PRCC) ; carcinome chromophobe (5 %) ; oncocytome (bénin — pas de traitement si typique). Facteurs de risque : tabagisme, obésité, HTA chronique, maladies rénales kystiques héréditaires (maladie de Von Hippel-Lindau — VHL, sclérose tubéreuse de Bourneville), exposition professionnelle (trichloréthylène).
Quels sont les symptômes ?
Dans 50 à 60 % des cas, découverte fortuite sur imagerie. Hématurie macroscopique ou microscopique. Douleur lombaire unilatérale sourde. Masse palpable du flanc (formes avancées). Syndrome paranéoplasique : fièvre inexpliquée (30 %), hypercalcémie (10 %), polyglobulie (3 %), HTA (rénine tumorale). Signes de métastases : toux persistante, douleurs osseuses, adénopathies, nodules sous-cutanés.
Comment se fait le diagnostic ?
Échographie rénale : dépistage initial (masse rénale solide ou complexe). Scanner abdomino-pelvien (TDM multiphasique) avec injection : caractérisation de la masse (taille, localisation, extension), bilan d'extension locorégionale (veine rénale, veine cave inférieure, ganglions). IRM rénale : alternative au scanner, surtout pour les masses avec thrombose veineuse. Scanner thoracique : recherche de métastases pulmonaires. PET-scan FDG : pas systématique. Biopsie rénale percutanée : indiquée si chirurgie non envisagée d'emblée (masses complexes, doute diagnostique, formes métastatiques — confirmation histologique avant thérapie ciblée).
Quels traitements peuvent être proposés ?
Formes localisées : Chirurgie — néphon-épargnante (néphrectomie partielle) recommandée si taille < 7 cm et localisation accessible — préserve la fonction rénale. Néphrectomie totale si masse volumineuse ou centrale. Cryoablation ou radiofréquence percutanée pour les petites tumeurs (< 4 cm) chez les sujets à risque chirurgical élevé. Formes métastatiques : Immunothérapie : nivolumab + ipilimumab ou pembrolizumab + axitinib — nouvelles combinaisons de première ligne avec survie prolongée. Thérapies ciblées anti-VEGF/mTOR : sunitinib, cabozantinib, pazopanib, évérolimus (2e ligne). Métastasectomie : pour les métastases solitaires ou oligométastatiques. Formes héréditaires (VHL) : belzutifan (HIF-2α inhibiteur) — AMM pour VHL.
Quel spécialiste consulter ?
- Urologue : bilan et chirurgie.
- Oncologue médical : traitements systémiques des formes métastatiques.
- RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) : décision thérapeutique collégiale.
Comment préparer sa consultation ?
Apportez les résultats du scanner abdominal. Mentionnez les antécédents familiaux de cancer du rein. Signalez un tabagisme et toute exposition professionnelle. Décrivez les symptômes urinaires et les signes généraux.
Questions fréquentes
Peut-on vivre avec un seul rein après une néphrectomie ?
Oui. Le rein restant s'hypertrophie progressivement et compense environ 70 % de la fonction rénale initiale — la majorité des patients vivent normalement avec un seul rein. Un suivi néphrophrologique annuel (créatinine, protéinurie, tension artérielle) est recommandé. Les AINS, produits de contraste iodés et médicaments néphrotoxiques doivent être évités ou utilisés avec précaution.
Le cancer du rein est-il héréditaire ?
Dans 3 à 5 % des cas. Les principales formes héréditaires : maladie de Von Hippel-Lindau (VHL — carcinomes à cellules claires multiples bilatéraux), syndrome de Birt-Hogg-Dubé (carcinomes chromophobes), carcinome papillaire héréditaire (mutation MET). Une consultation d'oncogénétique est recommandée en cas de cancer < 50 ans, formes multiples ou bilatérales, ou antécédents familiaux.
Le cancer du rein réagit-il à la chimiothérapie classique ?
Non. Le carcinome rénal à cellules claires est très résistant à la chimiothérapie conventionnelle. Les traitements systémiques efficaces sont les thérapies ciblées (anti-VEGF, anti-mTOR) et l'immunothérapie (inhibiteurs de checkpoints immunitaires — nivolumab, pembrolizumab). Cette résistance à la chimiothérapie est liée à l'expression élevée de la MDR (multidrug resistance).
Les masses rénales kystiques sont-elles toutes cancéreuses ?
Non. Les kystes rénaux simples (Bosniak I et II) sont bénins et ne nécessitent pas de traitement. Les kystes complexes (Bosniak IIF, III, IV) ont un risque croissant de malignité et nécessitent surveillance ou chirurgie. La classification de Bosniak révisée guide les décisions thérapeutiques.
Peut-on surveiller un petit cancer du rein sans l'opérer ?
Oui, pour les tumeurs < 2 cm chez des patients âgés ou avec comorbidités importantes — la surveillance active (scanners réguliers) est une option validée. La croissance est généralement lente (< 3 mm/an) et le risque métastatique faible pour les petites tumeurs. Cette approche évite une chirurgie dont le risque dépasse celui de la tumeur.
L'immunothérapie a-t-elle révolutionné le traitement du cancer du rein métastatique ?
Oui. L'association nivolumab + ipilimumab (CheckMate 214) a montré une survie globale supérieure à sunitinib en première ligne pour les formes de mauvais et intermédiaire pronostic. La combinaison pembrolizumab + axitinib (KEYNOTE-426) a amélioré la survie dans tous les groupes pronostiques. Ces combinaisons ont transformé le pronostic des formes métastatiques avec des réponses complètes durables observées.
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