L'essentiel à retenir
- La loaose est causée par Loa loa — un ver rond (nématode filaire) transmis par les piqûres de taons (Chrysops silacea et Chrysops dimidiata) dans les zones forestières d'Afrique centrale (Cameroun, Gabon, Congo, Nigeria, etc.).
- L'infestation provoque des œdèmes migrateurs fugaces (œdèmes de Calabar — gonflements sous-cutanés transitoires, surtout au poignet et à l'avant-bras) et le passage visible du ver sous la conjonctive ou la peau.
- Hyperéosinophilie sanguine (taux d'éosinophiles très élevé) — signe biologique majeur de toute filariose.
- Le traitement par diéthylcarbamazine (DEC) est efficace mais risqué chez les patients avec une microfilarémie élevée (> 8000 mf/mL) — risque d'encéphalopathie potentiellement mortelle. Le traitement doit être fait sous surveillance médicale.
Est-ce grave ?
La loaose chronique est généralement bien tolérée. Les complications graves sont : Encéphalopathie à loa loa (loiasis brain syndrome) : rare mais grave — survenant lors du traitement de patients avec une microfilarémie très élevée (surtout lors de campagnes d'ivermectine contre l'onchocercose). Néphropathie glomérulaire (rare). Atteinte cardiaque et cérébrale (très rares). La chirurgie d'extraction du ver sous conjonctive, bien que spectaculaire, est bénigne si réalisée correctement.
Quand consulter rapidement ?
- Ver visible sous la conjonctive ou sous la peau — consultation ophtalmologique ou chirurgicale urgente pour extraction.
- Œdème de Calabar intense, invalidant — douleur et gonflement sous-cutané du poignet/avant-bras.
- Symptômes neurologiques (confusion, convulsions) pendant un traitement antiparasitaire — urgence médicale.
Qu'est-ce que la filariose à loa loa ?
Loa loa est un nématode de 3-7 cm (femelle) transmis sous forme de larves L3 lors de la piqûre du chrysops. Dans l'organisme humain, les larves migrent dans les tissus sous-cutanés, mûrissent en vers adultes (en 6-12 mois), et les vers femelles libèrent des microfilaires dans le sang. Les microfilaires ont une périodicité diurne — elles circulent dans le sang périphérique pendant la journée (synchronisées avec l'activité du chrysops). Zones endémiques : forêts ombrophiles d'Afrique centrale — Cameroun, Gabon, République du Congo, République Démocratique du Congo, Nigeria du Sud, Guinée équatoriale. L'essentiel de la morbidité est lié aux œdèmes de Calabar récidivants et au passage du ver sous la conjonctive.
Quels sont les symptômes ?
Période d'incubation : 6 à 12 mois (avant l'apparition des premiers symptômes). Œdèmes de Calabar : gonflements sous-cutanés migrateurs, fugaces (quelques heures à quelques jours), douloureux, non érythémateux — siégeant préférentiellement au niveau des poignets, des avant-bras et du visage. Ils correspondent aux réactions allergiques autour du ver adulte en migration. Ver sous-conjonctival : passage visible du ver adulte sous la conjonctive (blanc, 3-7 cm) — provoquant une conjonctivite, une irritation, un larmoiement. Dure 10-15 minutes avant que le ver disparaisse dans les tissus. Prurit diffus. Œdème de Quincke (rare). Hyperéosinophilie sanguine importante (> 1500/mm³).
Comment se fait le diagnostic ?
Contexte : séjour en zone forestière d'Afrique centrale. Hyperéosinophilie sanguine — signe d'appel systématique. Goutte épaisse et frottis sanguin diurne (entre 10h et 14h — périodicité diurne des microfilaires) : visualisation des microfilaires dans le sang. Sérologie anti-filaires (ELISA) : sensible mais ne distingue pas les espèces. PCR Loa loa (sang) : confirme l'espèce. Comptage des microfilaires (microfilarémie) : essentiel avant le traitement — > 8000 mf/mL = risque élevé d'encéphalopathie sous DEC ou ivermectine.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Diéthylcarbamazine (DEC) : traitement de référence — efficace sur les vers adultes et les microfilaires. Dose : 6 mg/kg/j × 3 semaines. Risque de réactions allergiques sévères (maladie d'Herxheimer-like) et d'encéphalopathie si microfilarémie élevée — traitement à initier prudemment. Albendazole : réduit progressivement la microfilarémie sans risque d'encéphalopathie — utilisé en pré-traitement si microfilarémie élevée avant DEC. Ivermectine : contre-indiquée si microfilarémie > 8000 mf/mL (risque élevé d'encéphalopathie). Extraction chirurgicale du ver sous-conjonctival : si le ver est visible, peut être extrait lors d'une anesthésie locale oculaire.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
Le traitement par DEC est curatif dans la majorité des cas — cure complète en 1-2 cycles. Une hyperéosinophilie résiduelle peut persister après le traitement. Les œdèmes de Calabar disparaissent progressivement. Suivi : contrôle de la microfilarémie, de l'éosinophilie et de la sérologie à 3 et 6 mois post-traitement.
Quel spécialiste consulter ?
- Infectiologue / Médecin des maladies tropicales : diagnostic et traitement.
- Ophtalmologue : si ver sous-conjonctival visible.
Questions fréquentes
Est-ce dangereux de voir un ver dans l'œil ?
L'observation du ver de Loa loa sous la conjonctive est spectaculaire et impressionnante, mais pas directement dangereuse. Le ver ne pénètre pas dans l'œil lui-même (ne touche pas la cornée ou la chambre antérieure). Il provoque une conjonctivite transitoire et une irritation. S'il est visible, une extraction chirurgicale peut être proposée sous anesthésie locale — une procédure simple et bénigne. Le plus souvent, le ver disparaît de lui-même dans les minutes qui suivent.
Peut-on attraper la loaose au retour d'un voyage court en Afrique centrale ?
Oui, mais c'est peu probable pour un voyage court. La loaose nécessite des piqûres répétées de chrysops dans des zones forestières. Les voyageurs touristiques sont moins exposés que les expatriés ou les résidents de longue durée. Après un séjour court, une hyperéosinophilie persistante inexpliquée ou des œdèmes migratoires au retour d'Afrique centrale doivent faire évoquer la loaose.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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