L'essentiel à retenir

  • La shigellose est une infection intestinale bactérienne causée par Shigella, transmise par voie féco-orale, responsable d'une dysenterie (diarrhée sanglante et fébrile).
  • Elle est très contagieuse — un inoculum de 10 à 100 bactéries suffit à provoquer l'infection.
  • Elle est endémique dans les pays à faible niveau d'hygiène et une cause majeure de mortalité infantile dans le monde.
  • La réhydratation et les antibiotiques (azithromycine ou ciprofloxacine) sont les piliers du traitement.

Est-ce grave ?

Chez l'adulte immunocompétent dans les pays industrialisés, la shigellose est généralement bénigne et auto-limitée en 5 à 7 jours. Les formes sévères (sepsis à Shigella, syndrome hémolytique et urémique, syndrome de Reiter) sont rares. Chez l'enfant < 5 ans dans les pays à faibles ressources, elle est une cause majeure de mortalité (600 000 décès/an dans le monde).

Quand consulter en urgence ?

Consultez aux urgences si :

  • Diarrhée sanglante avec fièvre > 39°C et signes de déshydratation sévère (hypotension, somnolence) chez un enfant ou adulte fragile.
  • Sepsis (fièvre, frissons, tachycardie) lié à une diarrhée aiguë fébrile.
  • Convulsions chez un enfant avec diarrhée fébrile — complication neurologique de la shigellose.

Qu'est-ce que la shigellose ?

La shigellose est une entérocolite invasive causée par des bacilles gram-négatifs du genre Shigella (4 sérogroupes : S. dysenteriae, S. flexneri, S. sonnei, S. boydii). Shigella envahit les colonocytes, s'y multiplie et provoque une nécrose muqueuse avec réaction inflammatoire intense, ulcérations et saignements. La transmission est féco-orale (mains contaminées, eau et aliments souillés, contact direct avec des malades).

Quels sont les symptômes ?

Incubation 1 à 4 jours. Début brutal : fièvre (38,5-40°C), crampes abdominales, diarrhée aqueuse puis sanglante et muqueuse (ténesme — faux besoin douloureux impérieux). Syndrome dysentérique : nombreuses petites selles sanglantes et mucoïdes, urgentes et douloureuses. Nausées, vomissements, myalgies. Durée : 5 à 7 jours sans traitement, 2 à 3 jours avec antibiothérapie.

Comment se fait le diagnostic ?

Coproculture : isolement de Shigella dans les selles (avec antibiogramme pour guider le traitement — résistances fréquentes). NFS : hyperleucocytose. Examen direct des selles : polynucléaires (PNN) nombreux (signe d'entérocolite invasive). PCR multiplex des selles (panel entéropathogènes) : rapide et sensible.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Réhydratation orale (SRO) ou IV si déshydratation sévère. Antibiothérapie (réduit la durée et la contagiosité) : Azithromycine 500 mg/j 3 jours (adulte) ou 10 mg/kg/j 3 jours (enfant) — première ligne (résistances aux fluoroquinolones en hausse). Ciprofloxacine 500 mg × 2/j 3 jours (adulte) si sensibilité confirmée. Ceftriaxone IV pour les formes sévères. Attention : les antidiarrhéiques (lopéramide) sont contre-indiqués dans les diarrhées invasives — risque d'iléus et de syndrome hémolytique et urémique. Éviction de collectivité (crèche, école) jusqu'à négativation de 2 coprocultures.

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste : formes bénignes.
  • Infectiologue ou urgentiste : formes sévères, sepsis, pédiatrique.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez les caractéristiques des selles (couleur, sang, mucus). Notez les voyages récents en pays endémique. Mentionnez la consommation d'aliments suspects. Précisez les signes de déshydratation (vertiges, soif intense, réduction des urines).

Questions fréquentes

La shigellose est-elle une IST ?

Oui, dans certains contextes. La shigellose est transmissible lors de pratiques sexuelles impliquant un contact anal (oro-anal, fist) — elle est reconnue comme IST chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Des épidémies de shigellose ont été documentées dans des réseaux de HSH dans plusieurs villes européennes, souvent avec des souches multi-résistantes.

Le lopéramide est-il dangereux dans la shigellose ?

Oui. Le lopéramide (Imodium) ralentit le transit et peut aggraver les diarrhées invasives bactériennes (Shigella, E. coli entérohémorragique) en favorisant la rétention des bactéries et l'absorption des toxines. Il est formellement contre-indiqué dans les diarrhées avec sang et fièvre. Ne l'utilisez jamais sans avis médical en cas de diarrhée sanglante.

Y a-t-il un vaccin contre la shigellose ?

Pas encore disponible commercialement. Plusieurs vaccins sont en cours de développement clinique avancé (Shigella 1, 2, 3 candidates vaccinales en phase III). La prévention repose sur l'hygiène des mains (lavage soigneux après les toilettes et avant les repas), l'assainissement de l'eau et la sécurité alimentaire.

La shigellose peut-elle causer des complications à long terme ?

Syndrome de Reiter (arthrite réactive) : arthrite, conjonctivite, urétrite survenant 1 à 4 semaines après shigellose — surtout chez les porteurs HLA-B27. Syndrome hémolytique et urémique (SHU) : complique S. dysenteriae type 1 (rare en France). Complications neurologiques : encéphalite, convulsions (surtout chez l'enfant).

Combien de temps reste-t-on contagieux avec une shigellose ?

Sans traitement : 1 à 4 semaines (bactéries dans les selles). Sous antibiothérapie efficace : 1 à 3 jours. L'éviction de collectivité (crèche, école, restauration collective) est recommandée jusqu'à 2 coprocultures négatives (règle variable selon les pays).

La shigellose est-elle obligatoirement déclarée ?

En France, la shigellose à S. dysenteriae de type 1 est une maladie à déclaration obligatoire (MDO). Les autres shigelloses font l'objet d'une surveillance non déclarable mais d'une signalement en cas d'épidémie (milieu scolaire, crèche, collectivité). En pratique, toute épidémie de shigellose doit être signalée à l'ARS.

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