L'essentiel à retenir

  • L'épistaxis (saignement de nez) est causée dans 90 % des cas par un saignement des vaisseaux de la tache vasculaire de Little — une zone très vascularisée à l'avant de la cloison nasale — c'est l'épistaxis antérieure.
  • Les causes les plus fréquentes sont la fragilité vasculaire (sécheresse, frottement, grattage), l'HTA, la prise d'anticoagulants ou d'antiagrégants, et les traumatismes mineurs.
  • Le geste de secours : pencher la tête en avant (pas en arrière), pincer les deux narines avec les doigts pendant 10 minutes sans lâcher, et cracher le sang avalé.
  • Consulter en urgence si le saignement ne s'arrête pas après 20-30 minutes, si le volume est très abondant, si traumatisme crânien, ou si le patient est sous anticoagulants.

Est-ce grave ?

La grande majorité des épistaxis sont bénignes et s'arrêtent spontanément ou avec la compression nasale. Mais certaines peuvent être graves : épistaxis postérieure (saignement plus profond, plus difficile à arrêter, plus abondant), épistaxis chez un patient sous anticoagulants ou avec trouble de la coagulation, épistaxis dans un contexte de traumatisme crânien (liquide cérébro-spinal ?), ou épistaxis symptôme d'une HTA sévère ou d'une tumeur nasale.

Quand appeler le 15 ou aller aux urgences ?

Appelez le 15 ou allez aux urgences si :

  • Le saignement ne s'arrête pas après 20-30 minutes de compression nasale correcte.
  • Le volume de sang perdu est très important (remplissage de serviettes, état de faiblesse).
  • Traumatisme crânien ou nasal associé (fracture des os propres du nez, liquide clair coulant du nez).
  • Patient sous anticoagulants ou avec maladie hémorragique connue.
  • Pâleur, tachycardie, malaise — signes de choc hémorragique.

Qu'est-ce que l'épistaxis ?

La cloison nasale (septum) est très richement vascularisée, notamment dans sa partie antérieure — la tache vasculaire de Little, carrefour de plusieurs artères (artère sphénopalatine, artère ethmoïdale, artère labiale supérieure). Cette zone fragile saigne facilement lors d'un traumatisme, d'une sécheresse, d'un grattage, d'un éternuement violent, ou chez les patients fragiles vasculairement (HTA, anticoagulants, thrombopénies). L'épistaxis postérieure (saignement des artères postérieures — sphénopalatine principalement) est moins fréquente mais plus abondante, moins accessible à la compression externe, et plus souvent liée à une HTA sévère ou à une tumeur.

Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?

Locales : grattage nasal, fragilité de la muqueuse nasale (sécheresse, rhinite, déviation septale), traumatisme nasal, corps étranger nasal (enfants), cocaine inhalée. Générales : hypertension artérielle (HTA), anticoagulants (AVK, héparine, NACO), antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel), thrombopénie, hémophilie ou autres troubles de la coagulation, insuffisance hépatique (déficit en facteurs de coagulation), grossesse (fragilité vasculaire hormonale). Tumorales : plus rares — angiofibrome nasopharyngé (adolescent), carcinome des fosses nasales.

Comment arrêter un saignement de nez (gestes de secours) ?

1. Penchez la tête en avant (pas en arrière — le sang avalé peut provoquer nausées et vomissements, et masque le volume perdu). 2. Pincez les deux narines entre les doigts (pas juste la narine qui saigne) en comprimant la partie molle du nez (en dessous des os). 3. Maintenez la compression pendant 10 minutes sans lâcher pour regarder. 4. Respirez par la bouche. 5. Crachotez le sang avalé. 6. Après 10 minutes : relâchez doucement et attendez. Si ça recommence, repincez 10 minutes supplémentaires. 7. Appliquer du froid sur la nuque peut aider (vasoconstricteur léger). 8. Ne pas souffler fort dans le nez immédiatement après l'arrêt du saignement.

Quels traitements médicaux peuvent être proposés ?

Méchage nasal antérieur : tamponnement avec mèche résorbable (mérocel, surgicel) ou coton vaseline — pour les épistaxis résistant à la compression. Cautérisation chimique : nitrate d'argent — brûlure du vaisseau saignant sous visualisation nasoscopique. Méchage postérieur : pour les épistaxis postérieures — plus complexe, souvent réalisé par l'ORL en urgence. Embolisation artérielle : par radiologie interventionnelle, pour les épistaxis rebelles sévères. Ligature artérielle chirurgicale : plus rare, pour les cas réfractaires à tout traitement. Traitement de la cause : correction de l'HTA, ajustement ou suspension d'anticoagulants si possible (en accord avec le médecin prescripteur).

Peut-on prévenir les épistaxis récidivantes ?

Humidification de la muqueuse nasale (spray salin physiologique régulier, humidificateur en hiver). Vitamine K locale (pommade nasale à la vitamine K, vaseline) pour renforcer la muqueuse. Traitement de la rhinite allergique ou infectieuse sous-jacente. Contrôle de la tension artérielle. Arrêt du grattage nasal (surtout chez l'enfant). Cautérisation de la tache vasculaire de Little par l'ORL si récidives fréquentes.

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste : bilan initial, contrôle de l'HTA, bilan de coagulation.
  • ORL : épistaxis récidivantes, méchage, cautérisation.
  • Urgences : épistaxis abondante ou prolongée résistant aux premiers gestes.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez la fréquence, le volume et la durée des saignements. Mentionnez si le saignement provient d'une ou des deux narines, et si le sang coule aussi dans la gorge. Indiquez les traitements anticoagulants ou antiagrégants en cours. Précisez les antécédents d'HTA, de troubles de la coagulation ou de maladies hépatiques. Signalez les antécédents chirurgicaux nasaux.

Questions fréquentes

Faut-il pencher la tête en arrière lors d'un saignement de nez ?

Non — c'est une idée reçue à abandonner. Pencher la tête en arrière fait avaler le sang, ce qui peut provoquer des nausées, des vomissements, et masque le volume perdu (dangereux). La tête doit être penchée en avant pour que le sang s'écoule par la narine et soit craché.

Est-ce que l'HTA provoque des saignements de nez ?

L'HTA est associée aux épistaxis, surtout postérieures, car elle fragilise les parois vasculaires et augmente la pression dans les vaisseaux. Un saignement de nez chez un hypertendu connu, surtout s'il est abondant ou postérieur, doit faire mesurer la tension. Mais l'HTA seule n'explique pas tous les saignements de nez — beaucoup sont liés à une fragilité vasculaire locale sans rapport avec la tension.

Mon enfant saigne du nez très souvent — est-ce normal ?

Les épistaxis sont très fréquentes chez les enfants (zone de Little fragile, grattage nasal, rhinites fréquentes, air sec). Si les saignements sont fréquents mais modérés et s'arrêtent facilement, c'est souvent bénin. Si les saignements sont très abondants, difficiles à arrêter, associés à des hématomes ou des saignements cutanés spontanés — une consultation et un bilan de coagulation sont nécessaires pour éliminer un trouble hémorragique.

Les anticoagulants doivent-ils être arrêtés en cas d'épistaxis ?

Pas de décision d'arrêt sans avis médical — l'arrêt d'un anticoagulant peut exposer à un risque thromboembolique grave (AVC, embolie, thrombose de prothèse). Le médecin évalue le rapport bénéfice/risque et peut ajuster temporairement le traitement si nécessaire. En attendant la consultation, les gestes locaux (compression, méchage si besoin) sont privilégiés.

Le saignement de nez peut-il être un signe d'un cancer ?

Exceptionnellement. Un saignement nasal unilatéral chronique, associé à une obstruction nasale progressive d'un seul côté, des douleurs faciales ou une masse visible, doit faire consulter un ORL pour éliminer une tumeur nasale ou nasopharyngée. Les saignements de nez répétés mais bilatéraux, chez un adulte jeune sans facteur de risque, sont plus souvent liés à un angiofibrome nasopharyngé (tumeur bénigne rare de l'adolescent de sexe masculin).

Un saignement de nez après un traumatisme crânien est-il préoccupant ?

Un liquide clair (et non du sang) qui s'écoule du nez après un traumatisme crânien peut être du liquide cérébrospinal (rhinorrhée de LCS) — un signe de fracture de la base du crâne. C'est une urgence neurochirurgicale. Toute rhinorrhée claire après un traumatisme crânien doit conduire à une consultation médicale urgente.

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