L'essentiel à retenir

  • L'épisclérite est une inflammation de l'épisclère — la couche de tissu conjonctif entre la conjonctive (membrane transparente) et la sclère (blanc de l'œil).
  • Elle provoque une rougeur oculaire localisée, souvent sectoriell (un seul côté), une légère sensation de chaleur ou de pression, sans douleur intense ni baisse de vision.
  • Elle est le plus souvent idiopathique (sans cause identifiable) ou associée à des maladies systémiques dans 30 % des cas (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, maladies inflammatoires intestinales).
  • Elle se résout spontanément en 2 à 4 semaines, mais des collyres anti-inflammatoires peuvent accélérer la guérison.

Est-ce grave ?

L'épisclérite est une affection bénigne — elle ne menace pas la vision et ne provoque pas de complications graves. Cependant, elle doit être distinguée de la sclérite (inflammation de la sclère elle-même), qui est plus douloureuse, potentiellement destructive pour l'œil, et plus souvent associée à des maladies systémiques sérieuses. Un examen ophtalmologique permet de faire la différence.

Quand consulter rapidement ?

Consultez rapidement si :

  • Douleur oculaire intense (et non juste une légère gêne) — peut évoquer une sclérite ou une iritis.
  • Baisse de vision associée à la rougeur oculaire.
  • Rougeur oculaire sans rémission après 4 semaines malgré les collyres.

Qu'est-ce que l'épisclérite ?

La sclère est l'enveloppe fibreuse blanche de l'œil. L'épisclère est une couche de tissu vasculaire lâche entre la sclère et la conjonctive. Lors d'une épisclérite, des vaisseaux épiscléral s'enflamment et se dilatent — provoquant la rougeur visible. On distingue l'épisclérite simple (la plus fréquente — rougeur localisée, légère gêne) de l'épisclérite nodulaire (présence d'un nodule rouge surélevé mobile sur la sclère). Les deux formes sont bénignes mais l'épisclérite nodulaire met plus de temps à régresser et peut être plus inconfortable.

Quels sont les symptômes ?

Rougeur oculaire localisée (souvent sectorielle — un quart de l'œil) plutôt que diffuse. Légère sensation de chaleur, de pression ou d'inconfort — mais pas de douleur intense. Sensibilité légère à la lumière possible. Pas de sécrétions ni de larmoiement important. Pas de baisse de vision. Dans l'épisclérite nodulaire : un nodule rouge légèrement surélevé et mobile (déplaçable au doigt sur la sclère à travers la conjonctive).

Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?

Idiopathique : dans 70 % des cas, aucune cause identifiable. Maladies systémiques associées (30 % des cas) : polyarthrite rhumatoïde (la plus fréquente), spondylarthrite ankylosante, rectocolite hémorragique (RCH), maladie de Crohn, lupus érythémateux systémique, goutte, sarcoïdose. Infections (rares) : zona ophtalmique, tuberculose, syphilis. Médicaments : certains traitements (bisphosphonates, capécitabine) peuvent rarement provoquer une épisclérite.

Comment se fait le diagnostic ?

Examen ophtalmologique à la lampe à fente : confirme le diagnostic, distingue épisclérite (vaisseaux superficiels se déplaçant avec la conjonctive) de sclérite (vaisseaux profonds, douleur à la palpation du globe). Test phényléphrinecollyres : instillation de phényléphrine 10 % blanchit les vaisseaux épiscléral (épisclérite) mais pas les vaisseaux scléral profonds (sclérite). Bilan systémique : si épisclérite récidivante ou sévère — NFS, CRP, facteur rhumatoïde, anticorps antinucléaires, uricémie selon contexte clinique.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Observation simple : dans les épisclérites légères, une résolution spontanée est attendue en 2 à 4 semaines. Larmes artificielles : pour le confort (réduit la sécheresse et l'irritation). Collyres AINS (kétorolac, diclofénac) : accélèrent la résolution et réduisent l'inconfort. Collyres corticoïdes (fluorométholone, prednisolone) : en 2ème intention si les AINS sont insuffisants — efficaces mais nécessitent une surveillance (risque d'hypertonie oculaire). AINS per os (ibuprofène) : pour les formes récidivantes ou nodulaires rebelles. Traitement de la maladie systémique sous-jacente : si identifiée — améliore les épisodes d'épisclérite.

Peut-on guérir ? Évolution et suivi

L'épisclérite simple guérit spontanément en 2 à 4 semaines sans séquelles. L'épisclérite nodulaire peut durer 1 à 3 mois. Les récidives sont fréquentes (30 à 50 % des patients). Des récidives répétées justifient un bilan systémique plus approfondi. L'épisclérite ne provoque pas de dommages permanents à l'œil.

Quel spécialiste consulter ?

  • Ophtalmologue : diagnostic et traitement.
  • Rhumatologue / Médecin interniste : si maladie systémique sous-jacente à explorer ou à traiter.

Comment préparer sa consultation ?

Décrivez la rougeur (localisée ou diffuse ?), la douleur (légère gêne ou vraie douleur ?), la durée. Mentionnez les antécédents de maladies inflammatoires articulaires, intestinales ou systémiques. Listez les médicaments en cours (notamment les bisphosphonates). Précisez les épisodes antérieurs similaires.

Questions fréquentes

Comment distinguer une épisclérite d'une conjonctivite ?

La conjonctivite provoque une rougeur diffuse des deux yeux, souvent avec sécrétions (purulentes si bactérienne, aqueuses si virale), démangeaisons fréquentes. L'épisclérite est une rougeur localisée (sectorielle), sans sécrétions notables, avec une légère gêne plutôt que des démangeaisons. L'ophtalmologue fait la distinction à la lampe à fente en observant quels vaisseaux sont dilatés (conjonctivaux ou épiscléral).

L'épisclérite peut-elle affecter la vision ?

Non. L'épisclérite n'affecte pas la vision dans les cas habituels. Si vous constatez une baisse de vision associée à la rougeur oculaire, il faut consulter rapidement — cela peut indiquer une iritis (uvéite antérieure) ou une sclérite, qui nécessitent un traitement plus urgent et plus intensif.

Les corticoïdes en collyre sont-ils dangereux ?

Ils peuvent provoquer une élévation de la pression intra-oculaire (hypertonie oculaire) chez certains patients "corticostéroïde-répondeurs" — et favoriser les glaucomes ou les cataractes en cas d'utilisation prolongée. C'est pourquoi ils sont utilisés sur prescription médicale, pour des durées limitées, avec une surveillance ophtalmologique régulière. Ils ne doivent pas être utilisés en automédication.

Une épisclérite récidivante nécessite-t-elle un bilan systémique ?

Oui. Une première épisclérite isolée ne nécessite pas de bilan systémique approfondi chez un patient sans antécédents. Mais des récidives répétées, ou des récidives associées à des douleurs articulaires, des troubles digestifs ou une inflammation oculaire plus sévère, justifient un bilan rhumatologique et systémique à la recherche d'une maladie associée.

L'épisclérite peut-elle évoluer en sclérite ?

Rarement. Ce sont deux entités distinctes, même si elles peuvent être associées chez le même patient, notamment dans le cadre de maladies systémiques. La sclérite est plus profonde, plus douloureuse (douleur irradiant vers la tempe ou le front, aggravée la nuit) et potentiellement destructive. Si la douleur d'une "épisclérite" s'intensifie, une réévaluation ophtalmologique s'impose.

Peut-on porter des lentilles de contact avec une épisclérite ?

Il est préférable d'éviter les lentilles pendant l'épisode d'épisclérite — elles peuvent aggraver l'irritation et gêner l'application des collyres. La reprise du port de lentilles peut se faire après la résolution complète de l'épisode, sur avis de l'ophtalmologue.

Besoin d'un avis médical ?

Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.