L'essentiel à retenir
- La diphtérie est une infection bactérienne causée par Corynebacterium diphtheriae, qui produit une toxine puissante et provoque des "fausses membranes" (dépôts grisâtres) sur les amygdales et le pharynx, pouvant obstruer les voies respiratoires.
- La toxine diphtérique peut atteindre le cœur (myocardite) et les nerfs (neuropathie) à distance — complications graves et potentiellement mortelles.
- La vaccination (DTP — Diphtérie-Tétanos-Polio) a quasi éliminé la maladie dans les pays industrialisés, mais des cas persistent dans les régions à faible couverture vaccinale.
- Le traitement d'urgence est le sérum antidiphtérique (antitoxine) + pénicilline ou érythromycine — à instaurer sans attendre la confirmation bactériologique en cas de forte suspicion.
Est-ce grave ?
Oui. Sans traitement, la diphtérie peut être mortelle en quelques jours — par asphyxie (obstruction des voies respiratoires par les fausses membranes) ou par complications cardiaques et neurologiques de la toxine. Traitée précocement avec l'antitoxine, l'évolution est souvent favorable. Le taux de mortalité sans traitement était de 5 à 10 % dans les épidémies historiques.
Quand consulter en urgence ?
Appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences si :
- Un patient non ou insuffisamment vacciné présente une angine avec fausses membranes grisâtres qui s'étendent sur les amygdales (ne s'enlèvent pas facilement au frottage).
- Difficultés à respirer, stridor (bruit à l'inspiration) ou voix enrouée — obstruction imminente des voies respiratoires.
- Retour récent d'un pays à risque avec angine sévère.
Qu'est-ce que la diphtérie ?
Corynebacterium diphtheriae est une bactérie qui colonise les voies respiratoires supérieures. La plupart des souches pathogènes sont infectées par un bactériophage (un virus qui infecte les bactéries) portant le gène de la toxine diphtérique (tox+). Cette toxine, une fois produite localement, passe dans le sang et inhibe la synthèse des protéines dans les cellules de tout l'organisme — notamment les cellules cardiaques et les neurones. Localement, la bactérie provoque une pseudomembrane (accumulation de fibrine, globules blancs, bactéries et tissu nécrotique) d'abord sur les amygdales, puis qui peut s'étendre au pharynx, au larynx et à la trachée — pouvant provoquer une obstruction respiratoire grave. La transmission est directe (gouttelettes respiratoires) ou par contact avec des sécrétions.
Quels sont les symptômes ?
Incubation : 2 à 5 jours après la contamination. Phase locale (gorge) : fièvre modérée (38-38,5°C) — souvent plus basse que dans les autres angines. Douleurs pharyngées, dysphagie (douleur à la déglutition). Fausses membranes grisâtres sur les amygdales — adhérentes à la muqueuse (contrairement au muguet qui s'enlève facilement) — elles saignent quand on tente de les détacher. Extension possible au larynx : voix enrouée, toux aboyante, stridor inspiratoire (bruit à l'inspiration) — "croup diphtérique" — signes d'obstruction. Adénopathies cervicales importantes — "cou proconsulaire". Complications systémiques (liées à la toxine, à distance) : myocardite (trouble du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque) — pouvant survenir 1 à 2 semaines après le début. Neuropathies (paralysie du voile du palais — voix nasonnée, troubles de l'accommodation visuelle, paralysies des membres).
Comment le diagnostic est-il posé ?
Clinique : tableau d'angine à fausses membranes chez un patient non ou insuffisamment vacciné — suspicion clinique forte. Prélèvement bactériologique de la gorge : culture sur milieu de Löffler + test de production de la toxine (Elek) — confirmation du diagnostic. La diphtérie est une maladie à déclaration obligatoire en France — le signalement à l'ARS doit être immédiat dès la suspicion clinique (sans attendre la confirmation).
Quels traitements peuvent être proposés ?
Sérum antidiphtérique (antitoxine équine) par voie intraveineuse : à administrer en urgence dès la suspicion clinique — neutralise la toxine circulante (ne neutralise pas la toxine déjà fixée aux cellules). Plus le traitement est précoce, plus il est efficace. Préalablement, test de sensibilité à la protéine de cheval (risque de choc anaphylactique). Antibiotiques (pénicilline G IV ou érythromycine) : éliminent la bactérie et stoppent la production de toxine — pas de substitut à l'antitoxine. Trachéotomie ou intubation : si obstruction imminente des voies respiratoires. Isolement strict du patient. Surveillance cardiaque et neurologique. Contacts non vaccinés : antibioprophylaxie et rappel vaccinal.
Quel spécialiste consulter ?
- Urgentiste/Réanimateur : prise en charge de l'urgence.
- Infectiologue : confirmation du diagnostic, coordination du traitement.
- Santé publique / ARS : signalement obligatoire et investigation des contacts.
Comment préparer sa consultation ?
En cas de suspicion, ne pas perdre de temps — appelez le 15 directement. Signalez l'histoire vaccinale du patient (carnet de santé). Mentionnez tout voyage récent dans un pays à risque (Afrique, Asie du Sud, certaines régions d'Asie centrale). Précisez tout contact avec une personne revenue de zone endémique.
Questions fréquentes
La vaccination DTP protège-t-elle vraiment contre la diphtérie ?
Oui, très efficacement. Le vaccin diphtérique contient une toxine diphtérique inactivée (anatoxine) qui stimule la production d'anticorps neutralisants. Une primo-vaccination complète (3 doses + rappel) confère une protection élevée. Le rappel décennal (à 25, 45, 65 ans puis tous les 10 ans en France) maintient cette protection. Les épidémies qui ont sévi dans les pays de l'ex-URSS dans les années 1990 ont montré que l'abandon des rappels adultes pouvait rapidement laisser des populations vulnérables.
La diphtérie existe-t-elle encore en France ?
Des cas importés sont sporadiquement rapportés en France, notamment chez des personnes non ou insuffisamment vaccinées revenant de zones endémiques (certaines régions d'Afrique, d'Asie centrale, d'Asie du Sud). La circulation de la bactérie dans la population française est quasi nulle grâce à la couverture vaccinale élevée. Des épidémies dans des communautés non vaccinées ont été signalées en Europe (France, Belgique, Espagne) ces dernières années.
Qu'est-ce que le "croup" diphtérique ?
Le croup diphtérique est l'extension des fausses membranes au larynx et à la trachée — les membranes peuvent obstruer la lumière (l'espace intérieur) du larynx, provoquant une détresse respiratoire grave : voix enrouée, toux aboyante (comme un aboiement de chien), stridor (bruit musical à l'inspiration) et cyanose (bleuissement). C'est une urgence vitale nécessitant parfois une trachéotomie (ouverture chirurgicale de la trachée) pour maintenir la respiration.
Peut-on être porteur de la diphtérie sans être malade ?
Oui — le portage asymptomatique de Corynebacterium diphtheriae dans la gorge existe et peut être une source de contamination. C'est pourquoi les contacts d'un cas de diphtérie reçoivent une antibioprophylaxie (traitement préventif) et un rappel vaccinal, même s'ils sont asymptomatiques.
Les personnes vaccinées à l'enfance sont-elles encore protégées à l'âge adulte ?
Pas nécessairement. L'immunité conférée par le vaccin diphtérique diminue avec le temps. En France, le calendrier vaccinal recommande des rappels de l'anatoxine diphtérique à 25, 45, 65 ans puis tous les 10 ans après 65 ans. De nombreux adultes ont des taux d'anticorps insuffisants car les rappels décennaux sont souvent oubliés. Vérifier son carnet de vaccination et se mettre à jour est important, notamment avant un voyage en zone endémique.
L'érythromycine et la pénicilline traitent-elles vraiment la diphtérie ?
Les antibiotiques éliminent la bactérie C. diphtheriae et stoppent la production de toxine — ils sont essentiels pour interrompre la transmission et éviter la dissémination bactérienne. Cependant, ils ne neutralisent pas la toxine déjà produite et circulante — seul le sérum antidiphtérique (antitoxine) peut le faire. Les antibiotiques sont donc un complément indispensable de l'antitoxine, pas un substitut.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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