L'essentiel à retenir

  • La dengue est une maladie virale transmise par la piqûre de moustiques du genre Aedes (Aedes aegypti et Aedes albopictus — le "moustique tigre", présent dans de nombreuses régions de France).
  • Elle se manifeste par une fièvre élevée brutale, des douleurs musculaires et articulaires très intenses, des maux de tête violents, et parfois une éruption cutanée.
  • Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique — le traitement est symptomatique (paracétamol, hydratation) et l'aspirine et les anti-inflammatoires (AINS) sont CONTRE-INDIQUÉS (risque hémorragique).
  • La dengue sévère (anciennement dengue hémorragique) est une urgence vitale — elle peut être mortelle sans prise en charge hospitalière rapide.

Est-ce grave ?

La dengue classique guérit spontanément en 7 à 10 jours dans la grande majorité des cas. La dengue sévère (2 à 5 % des cas selon les épidémies) peut provoquer des hémorragies, un effondrement de la pression artérielle (état de choc) et mettre en jeu le pronostic vital. Elle est plus fréquente lors d'une deuxième infection par un sérotype viral différent. Surveiller attentivement les signes d'alerte est essentiel pendant les 24 à 48 premières heures de la chute de fièvre.

Quand consulter en urgence ?

Appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences si, lors de la phase de défervescence (baisse de la fièvre vers J4-J6), apparaissent :

  • Douleurs abdominales intenses et persistantes.
  • Vomissements répétés (plus de 3 fois en 1 heure).
  • Saignements inhabituels (gencives, nez, ecchymoses importantes, sang dans les selles ou urines).
  • Difficultés respiratoires, agitation, confusion.
  • Extrémités froides, pouls accéléré et faible — signes de choc.

Qu'est-ce que la dengue ?

Le virus de la dengue appartient à la famille des Flaviviridae. Il existe 4 sérotypes (DENV-1, 2, 3, 4) — une infection confère une immunité durable contre le sérotype en cause, mais seulement une immunité partielle et temporaire contre les autres. Une deuxième infection par un sérotype différent augmente le risque de dengue sévère. Le moustique Aedes se nourrit principalement le jour (contrairement aux moustiques anophèles de la malaria qui piquent la nuit) et se reproduit dans les petites collections d'eau stagnante (soucoupes de pots de fleurs, gouttières, pneus usagés). Le moustique tigre (Aedes albopictus) est présent dans plus de 70 départements français et est vecteur potentiel de la dengue.

Quels sont les symptômes ?

Incubation : 4 à 7 jours après la piqûre infectante. Phase fébrile (J1-J3) : Fièvre élevée (39-40°C) d'apparition brutale. Céphalées intenses (souvent rétro-orbitaires — derrière les yeux). Myalgies (douleurs musculaires) et arthralgies (douleurs articulaires) intenses — d'où le surnom "fièvre brisante". Douleurs abdominales, nausées, vomissements. Érythème cutané (rougeur diffuse) souvent en première phase. Phase critique (J4-J6) — baisse de la fièvre : Période à risque de dengue sévère (à surveiller attentivement — voir signes d'alerte). Thrombopénie (baisse des plaquettes) et fuite plasmatique (le liquide des vaisseaux passe dans les tissus) peuvent survenir. Éruption maculopapuleuse (plaques rouges avec espaces de peau normale — aspect dit "en îles dans la mer de rouge"). Phase de récupération (J7 et au-delà) : Résorption de la fuite plasmatique, normalisation des plaquettes, amélioration progressive.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Clinique : tableau typique en zone ou après retour de zone endémique (DOM-TOM, Asie, Amérique latine, Afrique) ou en période d'épidémie locale. Biologie : NFS — thrombopénie (plaquettes basses), leucopénie (globules blancs bas). NS1 (antigène viral) : détectable dès J1-J2 — test rapide disponible en pharmacie ou laboratoire. Sérologie dengue (IgM/IgG) : positive à partir de J4-J5. PCR dengue : détection directe du virus (très sensible en phase précoce — J1-J5).

Quels traitements peuvent être proposés ?

Pas d'antiviral spécifique disponible. Paracétamol : traitement de la fièvre et de la douleur — dose maximale 3 à 4 g/jour chez l'adulte. CONTRE-INDIQUÉS : aspirine et tous les AINS (ibuprofène, kétoprofène, naproxène) — risque d'augmenter les saignements. Hydratation abondante : eau, solutés de réhydratation orale, bouillons — essentielle pour compenser la fuite plasmatique. Repos. Surveillance clinique et biologique : numération plaquettaire quotidienne en phase critique. Hospitalisation si dengue sévère : réanimation, remplissage vasculaire, transfusion plaquettaire si hémorragie sévère.

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste : prise en charge de la dengue non compliquée.
  • Infectiologue ou médecin des maladies tropicales : formes sévères ou cas complexes.
  • Urgences : en cas de signes de dengue sévère.

Comment préparer sa consultation ?

Précisez si vous revenez d'une zone tropicale ou avez voyagé récemment. Mentionnez la date de début de la fièvre (pour évaluer la phase de la maladie). Notez les médicaments déjà pris (aspirin ou AINS à signaler absolument). Signalez les éventuels saignements (même minimes). Apportez les résultats de NFS si déjà réalisée.

Questions fréquentes

Peut-on attraper la dengue en France métropolitaine ?

Oui, c'est possible depuis la propagation du moustique tigre (Aedes albopictus) dans une grande partie de la France. Des cas autochtones (personnes infectées sans voyage à l'étranger) sont signalés chaque année, notamment dans le sud de la France, lors de la présence d'un cas importé (voyageur revenant d'une zone endémique) qui sert de réservoir pour les moustiques locaux. Le risque reste faible en métropole comparé aux zones tropicales.

Pourquoi ne doit-on pas prendre d'aspirine ni d'ibuprofène dans la dengue ?

Le virus de la dengue provoque une thrombopénie (diminution des plaquettes — cellules qui participent à la coagulation) et une altération de la perméabilité vasculaire (les vaisseaux "fuient"). L'aspirine et les AINS ont un effet anti-agrégant plaquettaire (ils rendent les plaquettes moins efficaces) et peuvent favoriser les saignements digestifs. Dans ce contexte, ils augmentent significativement le risque d'hémorragie potentiellement grave. Seul le paracétamol est autorisé.

Peut-on attraper la dengue deux fois ?

Oui — et la deuxième infection est souvent plus sévère que la première. Il existe 4 sérotypes du virus dengue. Une primo-infection protège contre le même sérotype à vie, mais les anticorps produits peuvent paradoxalement faciliter (plutôt que neutraliser) l'entrée du virus lors d'une infection par un sérotype différent — phénomène appelé "amplification dépendante des anticorps" (ADE). C'est ce mécanisme qui explique le risque accru de dengue sévère lors d'une deuxième infection.

Le vaccin contre la dengue existe-t-il ?

Oui — le vaccin Dengvaxia (Sanofi) est disponible pour les personnes ayant déjà eu une dengue confirmée (séropositifs) âgées de 9 à 45 ans dans les zones endémiques. Il est contre-indiqué chez les personnes n'ayant jamais eu la dengue (augmente le risque de dengue sévère en cas de primo-infection post-vaccinale). Un second vaccin (Qdenga — Takeda) est disponible en Europe depuis 2023 pour les personnes de 4 à 60 ans, avec ou sans infection préalable.

Comment se protéger du moustique tigre et prévenir la dengue ?

Port de vêtements longs et couvrants, surtout en journée. Répulsifs cutanés à base de DEET, IR3535 ou icaridine — efficaces et sûrs à l'âge adapté (respecter les indications pédiatriques). Moustiquaires aux fenêtres et autour du lit. Éliminer les eaux stagnantes autour du domicile (soucoupes, gouttières bouchées, arrosoirs, pneus) — habitat larvaire du moustique tigre. Signaler toute présence du moustique tigre à la mairie ou à l'ARS (Agence Régionale de Santé).

La dengue pendant la grossesse est-elle dangereuse ?

Oui, c'est une forme à risque élevé. La dengue chez la femme enceinte augmente le risque d'accouchement prématuré, de faible poids à la naissance et de transmission périnatale au nouveau-né (transmission au moment de l'accouchement, pas en cours de grossesse). La dengue sévère chez la femme enceinte nécessite une hospitalisation urgente. Les femmes enceintes résidant ou voyageant en zone endémique doivent prendre des précautions renforcées contre les piqûres de moustiques.

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