L'essentiel à retenir
- La constipation est définie par moins de 3 selles par semaine, avec efforts importants, selles dures ou sensation d'évacuation incomplète depuis plus de 3 mois.
- Elle touche 20 à 30 % de la population adulte — plus fréquente chez la femme, les personnes âgées et après grossesse.
- La première étape du traitement est toujours la correction des habitudes (fibres alimentaires, hydratation, activité physique, régularité des selles).
- Une constipation récente chez un adulte > 50 ans ou associée à des signes d'alarme doit faire réaliser une coloscopie pour éliminer un cancer colorectal.
Est-ce grave ?
La constipation simple est bénigne. Sans traitement, elle peut évoluer vers une constipation chronique avec complications : fécalome (masse de selles durcies bloquées), fissures anales, hémorroïdes, prolapsus rectal. Une constipation aiguë récente peut être le signe d'une occlusion intestinale (urgence chirurgicale) ou d'un cancer colorectal.
Quand consulter en urgence ?
Consultez en urgence si :
- Absence totale de selles ET de gaz depuis plus de 24 heures avec douleurs abdominales — occlusion intestinale.
- Constipation récente chez un adulte > 50 ans avec sang dans les selles, AEG, amaigrissement.
- Fécalome (masse dure palpable en fosse iliaque gauche) avec défécation impossible chez une personne âgée.
Qu'est-ce que la constipation ?
La constipation est définie par les critères de Rome IV : au moins 2 des critères suivants pendant > 3 mois : efforts défécatoires importants ≥ 25 % des selles ; selles dures ou en boulettes ≥ 25 % des selles ; sensation d'évacuation incomplète ≥ 25 % des selles ; sensation de blocage ano-rectal ≥ 25 % des selles ; manoeuvres manuelles nécessaires ≥ 25 % des selles ; moins de 3 défécations par semaine. Constipation de transit (colique paresseuse) vs constipation distale (dyschésie — difficulté d'évacuation rectale).
Quelles sont les causes ?
Constipation fonctionnelle (primaire) : insuffisance de fibres et d'hydratation, sédentarité, habitudes de vie, selles repoussées (suppression du réflexe). Constipation secondaire : médicaments (opioïdes, anticholinergiques, antidépresseurs tricycliques, fer, calcium, aluminium, antipsychotiques), hypothyroïdie, hypercalcémie, diabète (neuropathie végétative), maladie de Parkinson, SEP, syndrome du côlon irritable (formes à dominante constipation), grossesse, cancer colorectal, volvulus.
Comment se fait le diagnostic ?
Clinique : interrogatoire détaillé (rythme, consistance, efforts, sang), antécédents, médicaments, toucher rectal. Signes d'alarme → coloscopie urgente : sang dans les selles, AEG, amaigrissement, constipation récente > 50 ans, antécédents familiaux de cancer colorectal. Bilan biologique de base : TSH, calcémie, glycémie. Temps de transit colique (marqueurs radio-opaques) pour différencier constipation de transit / dyschésie. Manométrie anorectale + défécographie pour les dyschésies complexes.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Mesures hygiénodiététiques (indispensables en première ligne) : apports en fibres 25-30 g/jour (légumes, fruits, légumineuses, son), hydratation 1,5 à 2 L/jour, activité physique quotidienne, régularité des selles (même heure chaque jour, ne pas différer le besoin). Laxatifs osmotiques (macrogol/PEG — Forlax, Movicol) : première ligne médicamenteuse — bien tolérés au long cours. Laxatifs de lest (psyllium, ispaghul) : augmentent le volume des selles. Laxatifs stimulants (bisacodyl, picosulfate, séné) : réservés aux constipations sévères ou courte durée (risque de dépendance au long cours). Laxatifs locaux (suppositoire glycérine, lavements) pour les constipations distales. Prucalopride (Resolor) : prokinétique 5-HT4 pour les constipations chroniques sévères réfractaires. Linaclotide (Constella) : pour le SII-C (syndrome du côlon irritable à dominante constipation).
Quel spécialiste consulter ?
- Médecin généraliste : constipation simple et traitement de première ligne.
- Gastroentérologue : signes d'alarme, formes sévères ou réfractaires, bilan fonctionnel anorectal.
Comment préparer sa consultation ?
Décrivez votre rythme habituel de selles (fréquence, consistance, efforts). Listez vos médicaments. Décrivez votre alimentation et votre activité physique. Mentionnez les signes associés (douleurs, sang, amaigrissement).
Questions fréquentes
Doit-on aller à la selle tous les jours ?
Non. La fréquence normale des selles varie de 3 fois par jour à 3 fois par semaine — tout est normal dans cet intervalle. Le problème est la constipation symptomatique (efforts importants, selles dures douloureuses, sensation d'évacuation incomplète) plus que la fréquence seule. Une personne avec une selle tous les 2-3 jours, sans difficulté ni inconfort, n'est pas constipée.
Les laxatifs créent-ils une dépendance ?
Les laxatifs osmotiques (macrogol) peuvent être utilisés au long cours sans dépendance — ils ne créent pas de "paresse intestinale". Les laxatifs stimulants (bisacodyl, séné) peuvent, à forte dose et usage prolongé, favoriser une dépendance colique et des troubles électrolytiques — leur usage doit être limité dans le temps.
La constipation peut-elle causer une intoxication ?
Non — la "stase fécale" ne provoque pas d'intoxication systémique par réabsorption des toxines, contrairement à une croyance ancienne. La constipation est inconfortable et peut causer des ballonnements, des douleurs et un inconfort digestif, mais pas d'empoisonnement.
Les fibres alimentaires sont-elles toujours efficaces contre la constipation ?
Pour la constipation de transit (colique paresseuse), les fibres sont très efficaces. Pour la dyschésie (trouble de l'évacuation rectale), les fibres peuvent aggraver les symptômes en augmentant la masse fécale sans améliorer la propulsion. La rééducation biofeedback anorectale est plus adaptée à la dyschésie.
La constipation pendant la grossesse est-elle normale ?
Oui. La progestérone ralentit le transit intestinal pendant la grossesse — la constipation touche 40 % des femmes enceintes. Le traitement repose sur les fibres, l'hydratation et les laxatifs osmotiques (macrogol — sans danger pendant la grossesse). Les laxatifs stimulants sont contre-indiqués (risque de contractions utérines).
Quand faut-il faire une coloscopie pour une constipation ?
En présence de signes d'alarme : sang dans les selles (hémochézie ou rectorragie), amaigrissement inexpliqué, AEG, anémie ferriprive inexpliquée, fièvre, constipation d'apparition récente chez un adulte > 50 ans, antécédents familiaux de cancer colorectal. Ces signes peuvent signaler un cancer colorectal ou une maladie inflammatoire intestinale.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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