L'essentiel à retenir

  • L'hypothermie est définie par une température centrale (rectale, œsophagienne ou tympanique) inférieure à 35°C. Elle est classée en légère (32-35°C), modérée (28-32°C) et sévère (< 28°C).
  • Causes principales : exposition prolongée au froid (surtout avec vent, humidité), immersion en eau froide, noyade, alcoolisme (vasodilatation + manque de perception du froid), médicaments sédatifs, hypothyroïdie sévère, sepsis, traumatisme grave.
  • Signes selon la sévérité : frissons intenses (hypothermie légère), puis disparition des frissons, confusion, somnolence, bradycardie, arythmie, et dans les formes sévères — inconscience, absence de pouls perceptible, tétanie musculaire.
  • Règle d'or : "On n'est pas mort tant qu'on n'est pas réchauffé et mort." Même un patient hypothermique sévère en arrêt cardiaque peut être réanimé avec succès après réchauffement. Appeler le 15 immédiatement, ne pas abandonner la réanimation prématurément.

Est-ce grave ?

Oui — l'hypothermie modérée à sévère est une urgence vitale. Le cœur devient particulièrement vulnérable : en dessous de 30°C, le risque de fibrillation ventriculaire (arrêt cardiaque) est très élevé, déclenchée parfois par le moindre mouvement brusque. La survie est possible même après un arrêt cardiaque par hypothermie sévère, à condition d'une réanimation adaptée et d'un réchauffement en milieu hospitalier (circulation extracorporelle si nécessaire). Ne jamais considérer un patient hypothermique comme perdu sans qu'il ait été réchauffé.

Quand appeler le 15 immédiatement ?

  • Toute personne inconsciente, confuse, avec des mouvements anormalement lents après une exposition au froid → SAMU (15) ou 112 immédiatement.
  • Personne retrouvée sans conscience ou en arrêt cardiaque dans un contexte de froid → réanimation cardio-pulmonaire (RCP) + appel du 15 immédiatement.
  • Nourrisson ou enfant avec hypothermie → urgences pédiatriques immédiates.
  • Toute hypothermie modérée (confusion, absence de frissons) nécessite une hospitalisation urgente.

Comment l'organisme réagit-il au froid ?

Face au froid, l'organisme met en place des mécanismes de défense : vasoconstriction cutanée (réduction du flux sanguin en périphérie pour conserver la chaleur au centre — mains et pieds froids), frissons (contractions musculaires involontaires qui produisent de la chaleur), augmentation du métabolisme basal. Quand ces mécanismes sont dépassés ou altérés (alcool, médicaments sédatifs, épuisement, maladies), la température centrale chute progressivement. L'alcool est particulièrement dangereux : il donne une sensation de chaleur (vasodilatation) tout en accélérant la perte de chaleur par la peau et altère la perception du froid et l'état de vigilance.

Quels sont les signes selon la sévérité ?

Hypothermie légère (32-35°C) : frissons intenses et incontrôlables, peau froide et pâle, légère confusion ou maladresse, pouls et respiration légèrement accélérés. Le patient est conscient et peut coopérer. Hypothermie modérée (28-32°C) : disparition des frissons (mauvais signe — le corps est épuisé), somnolence, confusion, ralentissement des mouvements et de la parole, bradycardie (pouls lent), respiration ralentie, pupilles dilatées. Risque d'arythmie. Hypothermie sévère (< 28°C) : inconscience ou coma, bradycardie sévère ou arrêt cardiaque, rigidité musculaire (peut ressembler à la mort), respiration absente ou imperceptible, pupilles dilatées et fixes. Le patient peut sembler mort mais peut être réanimable.

Que faire en attendant les secours ?

Sortir la personne du froid (si possible sans danger pour les secouristes). Enlever les vêtements mouillés avec précaution, en évitant les mouvements brusques (risque de fibrillation cardiaque). Isoler du froid : couverture de survie (côté argenté vers l'extérieur), couvertures, vêtements secs. Protéger du vent et de l'humidité. Ne pas frictionner les membres (risque de déclencher une arythmie par mouvements). Ne pas donner de boissons chaudes si la personne est confuse ou inconsciente (risque d'inhalation). Si la personne est inconsciente et sans pouls perceptible : commencer la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) et maintenir jusqu'à l'arrivée des secours.

Quel traitement en milieu hospitalier ?

Réchauffement passif externe (couvertures, salle chauffée) : hypothermie légère. Réchauffement actif externe (couvertures chauffantes, air chaud humidifié, liquides IV réchauffés) : hypothermie modérée. Réchauffement actif interne : lavages thoraciques et abdominaux, dialyse, et surtout circulation extra-corporelle (ECMO) pour les cas de fibrillation ventriculaire réfractaire — la technique la plus efficace pour réchauffer rapidement et traiter simultanément l'arrêt cardiaque. Surveillance cardiaque continue (ECG) : dépistage et traitement des arythmies. Surveillance biologique (électrolytes, lactates, glycémie, coagulation).

Quel spécialiste consulter ?

  • SAMU (15) / Urgences médicales : toute hypothermie modérée à sévère — appel immédiat.
  • Réanimation / Soins intensifs : prise en charge hospitalière des formes sévères.

Questions fréquentes

L'hypothermie thérapeutique est-elle différente de l'hypothermie accidentelle ?

Oui — l'hypothermie thérapeutique (ou ciblée) est une technique médicale volontaire utilisée après un arrêt cardiaque ressuscité, pour protéger le cerveau de la privation d'oxygène. Le patient est refroidi à 33-36°C de façon contrôlée et réchauffé progressivement. C'est un traitement bien différent de l'hypothermie accidentelle, qui est toujours une urgence à traiter.

Peut-on mourir d'hypothermie en intérieur ?

Oui — notamment les personnes âgées, les nourrissons et les patients sous certains médicaments (neuroleptiques, benzodiazépines, bêtabloquants, antithyroïdiens) peuvent développer une hypothermie dans un appartement insuffisamment chauffé ou lors d'une chute qui les immobilise au sol pendant des heures. L'hypothermie "en intérieur" est souvent diagnostiquée tardivement. Pensez à maintenir votre logement à une température suffisante (au moins 19°C) pendant les périodes froides, surtout pour les personnes fragiles.

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