L'essentiel à retenir
- Une hémorragie interne est un saignement dans une cavité fermée du corps : thorax (hémothorax), abdomen/pelvis (hémorragie intra-abdominale), crâne (hématome intracrânien), péricarde (tamponnade).
- Elle peut être causée par un traumatisme, une rupture de vaisseau (anévrisme, grossesse extra-utérine), une maladie vasculaire ou l'effet d'un anticoagulant.
- Le sang n'est pas visible — les signes sont indirects : pâleur, tachycardie, hypotension, douleur au site de saignement, distension abdominale, confusion.
- C'est une urgence absolue : appeler le 15 immédiatement en cas de suspicion.
Est-ce grave ?
Oui — une hémorragie interne non contrôlée peut conduire à un état de choc hémorragique (insuffisance circulatoire aiguë) et à la mort en quelques minutes à quelques heures. La rapidité du diagnostic et du traitement est déterminante pour le pronostic. Les hémorragies intra-crâniennes et intrathoraciques massives sont les plus rapidement fatales. La prise en charge dans un centre spécialisé (chirurgie, radiologie interventionnelle) est indispensable.
URGENCE VITALE — Appeler le 15
- Traumatisme (accident de voiture, chute importante, coup) avec pâleur, tachycardie et hypotension — suspicion d'hémorragie interne, appel du 15.
- Douleur abdominale brutale avec malaise et instabilité hémodynamique — rupture d'un organe ou d'un anévrisme, urgence chirurgicale.
- Douleur thoracique intense avec hypotension après traumatisme — hémothorax ou tamponnade, urgence.
Causes fréquentes selon la localisation
Abdominale : traumatisme abdominal (rate, foie les plus souvent lésés), grossesse extra-utérine rompue, rupture d'anévrisme de l'aorte abdominale, pancréatite hémorragique, saignement d'un kyste ovarien rompu. Thoracique (hémothorax) : traumatisme thoracique, rupture aortique, tumeur pleuro-pulmonaire hémorragique. Intracrânienne : traumatisme crânien (hématomes extradural, sous-dural, intracérébral), rupture d'anévrisme cérébral (hémorragie sous-arachnoïdienne). Péricardique (tamponnade cardiaque) : traumatisme thoracique, dissection aortique, tumeur cardiaque, péricardite hémorragique. Rétropéritonéale : anticoagulants, rupture d'anévrisme de l'aorte, traumatisme rénal.
Quels sont les symptômes ?
Signes de choc hémorragique : pâleur, froideur des extrémités, transpiration (sueurs froides), tachycardie (pouls rapide et filant), hypotension (baisse de la tension artérielle), sensation de malaise, vertiges, confusion, agitation puis somnolence. Signes locaux selon la localisation : douleur abdominale (hémorragie intra-abdominale), distension abdominale (accumulation de sang), douleur thoracique et essoufflement (hémothorax), céphalées brutales et intenses (hémorragie intracrânienne), dyspnée et hypotension avec jugulaires gonflées (tamponnade). Le sang n'est pas visible de l'extérieur — parfois des ecchymoses retardées (bleus) apparaissent sur l'abdomen ou les flancs dans les heures suivant le traumatisme (signe de Grey-Turner, signe de Cullen).
Comment se fait le diagnostic ?
Évaluation clinique rapide (ABCDE — Airways, Breathing, Circulation, Disability, Exposure) par les secours. Échographie FAST (Focused Assessment with Sonography in Trauma) : examen au lit du patient, rapide, détecte la présence de sang libre dans les cavités. Scanner corps entier avec injection : permet de localiser précisément la source du saignement et de planifier le traitement. Radiographie thoracique : hémothorax (opacité d'un hémichamp), pneumothorax. NFS, bilan de coagulation, groupe sanguin, RAI : en parallèle.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Réanimation hémodynamique : voies veineuses de gros calibre, remplissage par cristalloïdes et transfusion (protocole de transfusion massive). Correction des troubles de la coagulation : plasma frais congelé, plaquettes, fibrinogène. Contrôle de la source du saignement : Chirurgie d'urgence : laparotomie exploratrice (abdomen), thoracotomie (thorax), craniotomie (intracérébral). Radiologie interventionnelle (embolisation) : geste non chirurgical pour obstruer le vaisseau qui saigne — moins invasif, de plus en plus utilisé. Réversion des anticoagulants : vitamine K, concentré de complexe prothrombinique, antagonistes spécifiques (idarucizumab pour le dabigatran, andexanet alfa pour les anti-Xa).
Quel spécialiste consulter ?
- SAMU (15) / Urgences / Réanimation : toute suspicion d'hémorragie interne est une urgence vitale.
- Chirurgien, Radiologue interventionnel : traitement curatif de la source.
Questions fréquentes
Peut-on avoir une hémorragie interne sans douleur ?
Oui — dans certains cas, notamment les hémopéritoines lents (accumulation progressive de sang dans l'abdomen) ou chez les patients sous analgésiques ou avec des troubles de la conscience, la douleur peut être absente ou minimale. Les signes de choc (pâleur, tachycardie) peuvent alors être les seuls signes. C'est pourquoi tout traumatisme significatif doit être évalué médicalement même en l'absence de douleur sévère.
Un saignement sous anticoagulants peut-il être une hémorragie interne ?
Oui — les anticoagulants (warfarine, héparine, anticoagulants directs oraux) augmentent significativement le risque d'hémorragie interne, notamment les hématomes rétropéritonéaux (douleur des flancs ou inguinale), les hémorragies gastro-intestinales, les hémorragies intracrâniennes. Tout symptôme inhabituel (douleur, malaise, pâleur) chez un patient sous anticoagulants doit amener à consulter rapidement, même sans traumatisme identifié.
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