L'essentiel à retenir
- La fissure anale est une plaie longitudinale de la muqueuse du canal anal — elle provoque des douleurs intenses lors et après la défécation.
- La constipation et les selles dures sont les principales causes — l'hydratation et les fibres sont les premières mesures.
- Les traitements topiques (nitroglycérine, diltiazem, toxine botulique) et la régularisation du transit guérissent 80 à 90 % des fissures.
- La sphinctérotomie chirurgicale est réservée aux fissures chroniques réfractaires.
Est-ce grave ?
La fissure anale n'est pas dangereuse mais elle peut être extrêmement douloureuse et impacter significativement la qualité de vie. Elle peut conduire à une peur de la défécation et à une aggravation de la constipation (cercle vicieux). Elle guérit dans la majorité des cas avec un traitement médical adapté. Une fissure chronique (> 6 à 8 semaines) est moins réactive au traitement médical et peut nécessiter une intervention.
Quand consulter ?
Consultez votre médecin si :
- Douleur anale intense et saignements persistant au-delà de 2 semaines malgré les mesures hygiéno-diététiques.
- Fièvre associée à une douleur anale (peut indiquer un abcès anal, urgence chirurgicale).
- Masse anale douloureuse non soulagée par les antalgiques habituels.
Qu'est-ce qu'une fissure anale ?
Une fissure anale est une déchirure linéaire superficielle de l'épithélium du canal anal, le plus souvent en position postérieure (ligne médiane postérieure) — elle correspond à une zone de moindre vascularisation et plus exposée aux traumatismes des selles. Elle peut être aiguë (récente, bords tranchants nets) ou chronique (> 6 à 8 semaines, avec marisque sentinelle en aval et papille hypertrophiée en amont). L'hypertonie sphinctérienne (spasme du sphincter interne) aggrave la douleur et retarde la cicatrisation.
Quels sont les symptômes ?
La douleur anale est le symptôme principal : intense, à type de brûlure ou de déchirure, survenant lors de la défécation et persistant pendant plusieurs heures après. Elle est parfois si intense qu'elle conduit à éviter la défécation, aggravant la constipation. Un saignement rouge vif de faible abondance (filet de sang sur le papier ou les selles) est fréquent. Un prurit anal peut accompagner la fissure chronique.
Quelles sont les causes ?
La constipation et les selles dures sont les causes les plus fréquentes de fissure aiguë (traumatisme mécanique). La diarrhée chronique, la maladie de Crohn, l'accouchement par voie basse, certaines infections (syphilis, VIH, tuberculose anale) sont d'autres causes de fissures atypiques (latérales ou multiples). L'hypertonie du sphincter interne (spasme) joue un rôle central dans la pérennisation de la fissure chronique en réduisant le flux sanguin et en entravant la cicatrisation.
Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic est clinique : l'inspection anale en légère traction des fesses suffit souvent à visualiser la fissure. Le toucher rectal et l'anuscopie sont douloureux et peuvent être différés — ils sont réalisés sous crème anesthésiante ou différés à distance du traitement. Une fissure latérale ou récidivante doit faire rechercher une maladie de Crohn ou une cause infectieuse (VIH, syphilis).
Quels traitements peuvent être proposés ?
Mesures de base : régularisation du transit (fibres, hydratation ++ 2 L/jour, laxatifs osmotiques), bains de siège tièdes (soulagement du sphincter). Traitements topiques : pommade à la nitroglycérine (0,2 à 0,4 %) ou au diltiazem (2 %) — induisent une relaxation sphinctérienne chimique réversible, cicatrisation dans 70 à 80 % des cas. Injections de toxine botulique dans le sphincter interne (sous anesthésie locale) : cicatrisation dans 70 à 80 % des cas, avec un risque transitoire d'incontinence aux gaz. Sphinctérotomie latérale interne chirurgicale : très efficace (95 % de cicatrisation) pour les fissures réfractaires, avec risque faible mais réel d'incontinence partielle.
Évolution et prévention des récidives
Une fissure aiguë traitée correctement guérit en 3 à 8 semaines. La fissure chronique nécessite un traitement plus prolongé. La prévention des récidives repose sur le maintien d'un transit régulier, l'hydratation suffisante et la consommation régulière de fibres alimentaires.
Quel spécialiste consulter ?
- Médecin généraliste : diagnostic et traitement initial.
- Proctologue : fissures chroniques ou atypiques, traitements spécialisés.
- Chirurgien colorectal : sphinctérotomie en cas de fissure réfractaire.
Comment préparer sa consultation ?
Décrivez vos symptômes et leur ancienneté. Mentionnez votre transit habituel (constipation, diarrhée). Signalez vos antécédents de maladie de Crohn, de proctologie ou de chirurgie anale. Notez les traitements déjà essayés et leur efficacité.
Questions fréquentes
Comment distinguer une fissure anale des hémorroïdes ?
La fissure anale provoque une douleur intense à type de brûlure ou de déchirure prolongée après la selle. Les hémorroïdes provoquent surtout des saignements, un prolapsus ou un prurit — la douleur intense à la défécation avec persistance plusieurs heures est plutôt caractéristique de la fissure. Les deux peuvent coexister.
La fissure anale peut-elle guérir seule ?
Les fissures aiguës superficielles peuvent guérir spontanément avec des mesures diététiques (fibres, hydratation) et des bains de siège. Mais sans traitement du spasme sphinctérien, de nombreuses fissures deviennent chroniques — d'où l'intérêt d'un traitement précoce.
La sphinctérotomie peut-elle causer une incontinence ?
La sphinctérotomie latérale interne sectionne partiellement le sphincter interne — le risque d'incontinence aux gaz est de 5 à 10 % et aux selles liquides de 1 à 5 %. La continence aux selles solides est rarement affectée. Ce risque doit être mis en balance avec les bénéfices chez les patients avec fissure chronique invalidante résistant aux autres traitements.
Peut-on traiter une fissure anale pendant la grossesse ?
Oui. Les bains de siège et la régularisation du transit sont les mesures de première ligne. La pommade à la nitroglycérine est généralement évitée pendant la grossesse. Le diltiazem topique peut être utilisé avec prudence. La sphinctérotomie est différée après l'accouchement.
Une fissure anale peut-elle être le signe d'une maladie de Crohn ?
Oui. Une fissure latérale (non postérieure), multiple, profonde, récidivante ou associée à d'autres lésions anopérinéales (fistule, abcès, marisques oedémateuses) doit faire évoquer une maladie de Crohn et justifie une coloscopie avec biopsies.
Le laxatif macrogol aide-t-il vraiment ?
Oui. Les laxatifs osmotiques (macrogol, lactulose) ramollissent les selles sans les rendre liquides — ils réduisent le traumatisme mécanique lors de la défécation et favorisent la cicatrisation. Ils sont recommandés en association aux traitements topiques pendant toute la durée du traitement.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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