L'essentiel à retenir
- Les FHV regroupent de nombreuses maladies causées par des virus appartenant à différentes familles : Filoviridae (Ebola, Marburg), Arenaviridae (Lassa, Junin, Machupo), Bunyaviridae (fièvre de Crimée-Congo, FHSR), Flaviviridae (dengue sévère, fièvre jaune).
- Elles ont en commun : une fièvre élevée, un syndrome hémorragique (saignements cutanéomuqueux et internes), une atteinte multiviscérale, une thrombopénie et une leucopénie.
- Chaque FHV a son propre vecteur ou réservoir animal, sa zone géographique et ses caractéristiques cliniques — mais toutes peuvent entraîner un syndrome hémorragique grave.
- En France, toute suspicion de FHV chez un voyageur est une urgence médicale à déclaration obligatoire — prise en charge en unité spécialisée (SMIT haute sécurité), avec mesures strictes de protection des soignants.
Est-ce grave ?
La gravité varie considérablement : dengue sévère (dengue hémorragique) : mortalité 1-5 % avec traitement. Fièvre jaune sévère : mortalité 20-50 %. Lassa sévère : mortalité 15-25 %. Ebola (selon la souche) : mortalité 25-90 %. Marburg : mortalité 24-88 %. Fièvre de Crimée-Congo : mortalité 10-40 %. Ces maladies nécessitent une prise en charge en milieu spécialisé avec isolement strict.
Urgence absolue :
- Toute fièvre hémorragique (fièvre + saignements) chez un voyageur au retour d'Afrique sub-saharienne, d'Amérique du Sud, du Moyen-Orient ou d'Asie : appeler le SAMU (15) immédiatement.
- Ces maladies sont à déclaration obligatoire en France — signalement instantané requis.
- Isolement immédiat du patient, protection des soignants (EPI complets).
Principales FHV par famille virale
Filoviridae : Ebola (5 espèces — Zaïre la plus mortelle) : transmis par contact direct avec sang/liquides biologiques de personnes ou d'animaux infectés. Pas de transmission par voie aérienne. Réservoir : chauves-souris frugivores probablement. Afrique subsaharienne. Traitement : anticorps monoclonaux (Inmazeb, Ebanga) pour Ebola Zaïre. Marburg : similaire à Ebola, transmis par contact direct. Arenaviridae : Lassa (Afrique de l'Ouest), Junin (Argentine), Machupo (Bolivie), Guanarito (Venezuela). Transmis par rongeurs réservoirs. Traitement : ribavirine IV. Bunyaviridae (Nairoviridae, Phenuiviridae) : Fièvre de Crimée-Congo (tiques — Europe du Sud-Est, Afrique, Asie, Moyen-Orient). Fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR — hantavirus en Asie et Europe). Fièvre de la vallée du Rift (moustiques — Afrique). Flaviviridae : Dengue sévère (dengue hémorragique) : la plus fréquente des FHV mondiales — zones tropicales. Fièvre jaune : Afrique sub-saharienne et Amérique du Sud. Traitement : soins de support uniquement pour la plupart, vaccin pour la fièvre jaune.
Signes communs aux FHV
Incubation variable selon les agents (3 jours à 3 semaines). Phase prodromale : fièvre brutale (38,5-40°C), malaise, céphalées, myalgies, conjonctivite. Phase hémorragique (variable selon l'agent) : pétéchies et ecchymoses (hémorragies cutanées). Saignements des muqueuses : gingivorragies, épistaxis, hémoptysie, vomissements de sang, méléna. Hémorragies conjonctivales. Saignements aux points de ponction veineuse. Biologie : thrombopénie sévère, leucopénie, élévation des transaminases, perturbations de la coagulation (CIVD).
Comment se fait le diagnostic ?
Contexte épidémiologique impératif (zone géographique, type d'exposition). Biologie de sécurité d'abord : NFS, coagulation, ionogramme. PCR spécifique au virus suspecté : sur sang, en laboratoire P3-P4. Sérologie spécifique (ELISA IgM, IgG). En France : signaler au CNR correspondant selon le virus suspecté.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Traitement spécifique selon l'agent (si disponible) : Ribavirine IV : Lassa, FHV d'Amérique du Sud, fièvre de Crimée-Congo. Anticorps monoclonaux : Ebola Zaïre (Inmazeb — triple anticorps; Ebanga — mAb114). Plasma immun de convalescent : Junin/Argentine. Traitement de support (valable pour toutes les FHV) : hospitalisation en réanimation. Réhydratation, support hémodynamique. Correction de la coagulopathie (plasma, plaquettes). Dialyse rénale si besoin. Antipyrétiques (paracétamol uniquement — pas d'aspirine ni d'AINS). Isolement strict et protection des soignants : chambre à pression négative, EPI complets (combinaison intégrale, masque FFP3, lunettes étanches, double gantage). Formation spécifique des équipes soignantes.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
Selon le virus, la mortalité varie de 1 % (dengue) à 90 % (Ebola Zaïre sans traitement). Les traitements antiviraux spécifiques disponibles améliorent significativement le pronostic. La prévention repose sur la vaccination (fièvre jaune, Ebola), les mesures barrières en zones endémiques, et la protection lors de soins aux patients.
Quel spécialiste consulter ?
- SAMU (15) + Urgences : toute suspicion de FHV.
- Infectiologue en unité haute sécurité (SMIT) : prise en charge spécialisée.
Questions fréquentes
Ebola peut-il se transmettre par voie aérienne ?
Non. Ebola (et Marburg) se transmet par contact direct avec le sang, les urines, les selles, la sueur, les vomissements, le sperme ou le lait maternel d'une personne ou d'un animal infecté. Il n'y a pas de transmission par voie aérienne (gouttelettes fines — aérosols) dans des conditions normales. Les précautions aériennes (masque FFP3) sont appliquées par prudence lors des soins générant des aérosols (intubation, aspiration) mais ne correspondent pas à un mode de transmission documenté en vie réelle.
Un voyageur peut-il rapporter Ebola en France ?
C'est théoriquement possible mais extrêmement rare — quelques cas en Europe lors des épidémies de 2014-2016 (personnels de santé ayant contracté la maladie en Afrique). La France dispose de procédures strictes de détection (surveillance aux frontières, formation des équipes médicales) et d'unités spécialisées pour la prise en charge. Le risque de propagation secondaire en France est très faible si les mesures sont appliquées rapidement.
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