L'essentiel à retenir
- La fièvre typhoïde est causée par Salmonella enterica sérovar Typhi (et Paratyphi A, B, C pour les fièvres paratyphoïdes). Transmission fécale-orale : eau ou aliments contaminés.
- Elle provoque une fièvre progressivement croissante ("en plateau"), des douleurs abdominales, une constipation ou diarrhée, une asthénie profonde, et parfois un tuphos (abattement, confusion) dans les cas sévères.
- Complications redoutables sans traitement : perforation intestinale (qui nécessite une chirurgie urgente), hémorragies digestives, encéphalopathie, endocardite.
- Traitement antibiotique (fluoroquinolones, azithromycine, céphalosporines de 3ème génération selon la résistance). Vaccination recommandée avant tout voyage en zone endémique.
Est-ce grave ?
Sans traitement, la mortalité atteint 10-20 %. Avec un traitement antibiotique adapté démarré précocement, la mortalité est < 1 %. Les complications graves incluent : perforation iléale (1-3 % des cas — urgence chirurgicale), hémorragies intestinales, myocardite, encéphalopathie. Les formes résistantes aux antibiotiques (fièvre typhoïde XDR — extensively drug-resistant) émergent surtout au Pakistan et en Inde — complexifiant le traitement.
Quand consulter en urgence ?
- Fièvre progressive depuis plusieurs jours chez un voyageur revenant d'Asie du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh), d'Afrique ou d'Amérique latine — consulter dès J1-J3 de fièvre.
- Douleurs abdominales intenses + fièvre + état confusionnel — perforation intestinale possible, urgence chirurgicale.
- Fièvre typhoïde connue avec aggravation soudaine des douleurs abdominales.
Qu'est-ce que la fièvre typhoïde ?
Salmonella Typhi est ingérée dans les aliments ou l'eau contaminés par des selles humaines (pas animales — S. Typhi est un pathogène strictement humain). Après ingestion, les bactéries traversent la muqueuse de l'intestin grêle (iléon), pénètrent dans les ganglions lymphatiques mésentériques (plaques de Peyer), puis se disséminent dans le sang (bactériémie). Elles colonisent le système réticulo-endothélial (foie, rate, moelle osseuse). La nécrose des plaques de Peyer peut provoquer des ulcérations intestinales → risque de perforation et d'hémorragie. Les facteurs favorisant les épidémies : accès à l'eau non traitée, mauvaise hygiène alimentaire, surpopulation. Zones endémiques : Inde, Pakistan, Bangladesh (60-80 % des cas mondiaux), Afrique subsaharienne, Afrique du Nord, Amérique latine, Asie du Sud-Est.
Quels sont les symptômes ?
Incubation : 7 à 21 jours (médiane 7-14 jours). Semaine 1 (phase d'invasion) : fièvre progressivement croissante (par paliers, de 37,5 à 40°C en quelques jours), céphalées, malaise, anorexie, constipation (plus fréquente que diarrhée au début), douleurs abdominales diffuses. Semaine 2 (phase d'état) : Fièvre "en plateau" à 39-40°C (persistante, ne cède pas aux antipyrétiques). Tuphos : abattement, obnubilation, confusion légère. Douleurs abdominales, diarrhée "pois-soupe" (verte). Splénomégalie (rate augmentée). Roséole typhoïde : petites taches roses légèrement surélevées sur le tronc — inconstantes (30 % des cas), fugaces. Semaines 3-4 (évolution) : défervescence progressive, ou aggravation avec complications (perforation, hémorragie).
Comment se fait le diagnostic ?
Contexte : voyage dans un pays d'endémie dans les 3 semaines précédentes, alimentation à risque. Hémocultures : test de référence — positives dans 40-80 % des cas en phase précoce (à réaliser avant antibiothérapie). Coprocultures : moins sensibles. Sérologie de Widal-Félix : historique, peu spécifique et peu sensible — abandonnée dans la plupart des pays développés. PCR S. Typhi sur sang : en développement, peu disponible en routine. NFS : leucopénie, anémie modérée, thrombopénie.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Antibiothérapie : Azithromycine (500 mg/j × 5-7 jours) : traitement de choix pour les formes non compliquées (bonne tolérance, traitement oral). Fluoroquinolones (ciprofloxacine 500 mg × 2/j × 7-14 jours) : efficaces si sensibilité confirmée (résistances croissantes en Asie du Sud). Céphalosporines de 3e génération (ceftriaxone IV) : formes sévères ou résistances aux fluoroquinolones. Chloramphénicol : historique, encore utilisé dans certains pays. Fièvre XDR (extensive drug resistance) : ceftriaxone IV ou azithromycine selon l'antibiogramme. Hospitalisation si forme sévère ou complicée. Corticoïdes à forte dose (dexaméthasone IV) : réservés aux formes avec tuphos sévère ou état de choc. Chirurgie (urgence) si perforation iléale. Vaccination préventive : Vivotif (vaccin oral vivant atténué) ou Typhim Vi (polysaccharidique injectable) — recommandés avant tout voyage en zone endémique.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
Avec un traitement antibiotique adapté, la guérison complète est habituelle. Le portage chronique (excrétion fécale de S. Typhi > 3 mois) survient chez 1-3 % des patients — risque de transmission à l'entourage. Un contrôle coproculturel est recommandé chez les professionnels de l'alimentation.
Quel spécialiste consulter ?
- Urgences : fièvre au retour de voyage, formes graves.
- Infectiologue / Médecin des maladies tropicales : diagnostic et traitement spécialisé.
- Chirurgien : si perforation intestinale suspectée ou confirmée.
Questions fréquentes
Le vaccin contre la typhoïde est-il efficace ?
Oui, avec quelques nuances. Le vaccin polysaccharidique injectable (Typhim Vi) offre une protection de 50-80 % pendant 3 ans — simple injection. Le vaccin oral vivant atténué (Vivotif) offre une protection similaire sur 5 ans — 4 gélules sur 7 jours. Ces vaccins protègent contre S. Typhi mais pas contre S. Paratyphi A et B (responsables des fièvres paratyphoïdes). La vaccination ne dispense pas des précautions alimentaires et hydriques en voyage ("boil it, cook it, peel it, or forget it").
La typhoïde peut-elle être contractée sans voyage à l'étranger ?
En France, des cas autochtones sont rarissimes. Quelques cas de transmission locale ont été décrits à partir de porteurs chroniques (cuisiniers, par exemple). La quasi-totalité des cas en France sont des voyageurs revenus de zones endémiques ou des migrants de 1ère génération en visite dans leur pays d'origine — groupe particulièrement à risque car souvent non vacciné.
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Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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