Est-ce grave ?

La dénutrition aggrave toutes les maladies — elle retarde la cicatrisation des plaies et des fractures, augmente le risque d'infection (le système immunitaire est affaibli), prolonge les hospitalisations et augmente la mortalité. Chez les personnes âgées, elle favorise les chutes (faiblesse musculaire) et la dépendance. Une prise en charge nutritionnelle précoce améliore significativement les résultats thérapeutiques.

Quand consulter ?

Consultez votre médecin si :

  • Perte de poids involontaire de plus de 5 % du poids corporel en 1 mois, ou plus de 10 % en 6 mois.
  • Manque d'appétit persistant depuis plus de 2 semaines.
  • Faiblesse musculaire progressive, difficultés à se lever d'une chaise, risque de chute.
  • Plaies qui ne cicatrisent pas, infections récidivantes dans un contexte de perte de poids.

Qu'est-ce que la dénutrition ?

L'organisme a besoin en permanence d'énergie (calories apportées par les glucides, lipides et protéines) et de nutriments spécifiques (protéines pour la masse musculaire et la cicatrisation, vitamines, minéraux) pour maintenir ses fonctions. Quand les apports ne couvrent pas les besoins — que ce soit par manque d'alimentation, augmentation des besoins ou mauvaise absorption — l'organisme puise dans ses propres réserves : d'abord les graisses (tissu adipeux), puis les muscles (fonte musculaire — appelée catabolisme protéique). La protéine musculaire n'est pas uniquement structurale — elle sert de réserve de substrats énergétiques et de précurseurs pour la synthèse des protéines de défense immunitaire et de cicatrisation. Sa déplétion a donc des conséquences systémiques graves.

Quels sont les symptômes ?

Perte de poids involontaire — critère principal. Fonte musculaire visible (amaigrissement des bras, des cuisses, des joues). Fatigue, asthénie, réduction de l'activité physique. Perte d'appétit (anorexie). Infections récidivantes — signe indirect d'une immunité affaiblie. Plaies qui ne cicatrisent pas ou cicatrisent lentement. Oedèmes des membres inférieurs (hypoalbuminémie sévère — manque de protéines dans le sang). Troubles cognitifs, irritabilité, dépression.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Critères HAS (Haute Autorité de Santé) : Indice de Masse Corporelle (IMC — poids en kg divisé par la taille en m²) inférieur à 18,5 chez l'adulte (ou inférieur à 22 chez la personne de plus de 70 ans). Perte de poids de plus de 5 % en 1 mois ou plus de 10 % en 6 mois (ou plus de 10 % par rapport au poids habituel). Biologie : albuminémie (protéine sanguine — reflet de l'état nutritionnel à moyen terme) et préalbuminémie (reflet à court terme — plus sensible). NFS (anémie, lymphopénie). Bilan de la cause : bilan digestif, oncologique, endocrinien selon le contexte. Mini Nutritional Assessment (MNA) : outil de dépistage validé chez la personne âgée.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Stratégie "par paliers" selon la sévérité. 1er palier — enrichissement de l'alimentation orale : augmenter la densité nutritionnelle des repas (poudre de lait, fromage râpé, beurre, œufs dans les plats), fractionner les repas (5 à 6 petites prises par jour), adapter les textures si troubles de la déglutition. 2e palier — compléments nutritionnels oraux (CNO) : suppléments hypercaloriques et hyperprotidiques en boisson ou crème (Fortimel, Clinutren, Delical...) — 2 à 3 unités/jour en plus des repas. 3e palier — nutrition entérale (NE) : alimentation directement dans l'estomac ou l'intestin via une sonde (nasogastrique ou gastrostomie) — utilisée quand la voie orale est impossible ou insuffisante. 4e palier — nutrition parentérale (NP) : perfusion de nutriments directement dans le sang via un cathéter veineux central — pour les patients avec tube digestif non fonctionnel. Traitement de la cause : dépression, problèmes dentaires, dysphagie, maladie chronique.

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste ou gériatre : dépistage et prise en charge de premier recours.
  • Diététicien/nutritionniste : bilan diététique et conseils nutritionnels personnalisés.
  • Gastro-entérologue : si malabsorption digestive.
  • Équipe de support nutritionnel en milieu hospitalier : nutrition entérale et parentérale.

Comment préparer sa consultation ?

Pesez-vous à domicile et comparez au poids habituel. Notez ce que vous mangez sur 2 à 3 jours (journal alimentaire). Signalez les difficultés à mâcher ou avaler, les nausées, vomissements. Mentionnez les médicaments qui peuvent couper l'appétit.