Est-ce grave ?

Oui — le priapisme ischémique (la forme la plus courante) est une urgence urologique. Sans traitement rapide, les cellules du tissu érectile (les corps caverneux — les deux cylindres à l'intérieur du pénis qui se gonflent lors de l'érection) souffrent du manque d'oxygène et peuvent subir des lésions permanentes. Après 24 à 48 heures sans traitement, le risque de dysfonction érectile définitive est très élevé. Plus le traitement est précoce, meilleurs sont les résultats.

Quand aller aux urgences ?

Urgence absolue si :

  • Érection douloureuse persistant depuis plus de 4 heures sans stimulation — aller aux urgences ou appeler le 15 immédiatement.
  • Tout homme ayant une drépanocytose (maladie du sang) ou une leucémie qui développe une érection prolongée — risque particulièrement élevé.

Qu'est-ce que le priapisme ?

Le priapisme est une érection persistante et douloureuse qui ne résulte pas d'une stimulation sexuelle et ne disparaît pas avec l'éjaculation. Il existe deux formes principales. Le priapisme ischémique (ou à bas débit) — le plus fréquent et le plus grave : le sang ne peut plus sortir des corps caverneux, il stagne et s'appauvrit en oxygène, provoquant une douleur et des lésions tissulaires progressives. Le priapisme non ischémique (ou à haut débit) — plus rare, souvent consécutif à un traumatisme du périnée ou du pénis : une fistule artério-veineuse (communication anormale entre une artère et une veine) provoque un afflux excessif de sang. Il est moins douloureux et moins urgent.

Quelles sont les causes ?

Médicaments : injections intracaverneuses pour traiter une dysfonction érectile (papavérine, alprostadil), certains antidépresseurs, antipsychotiques, antihypertenseurs, anticoagulants. Maladies hématologiques : drépanocytose (maladie génétique du sang très fréquente chez les personnes d'origine africaine ou antillaise — les globules rouges déformés bloquent la circulation), leucémie. Traumatisme génital ou périnéal. Drogues et alcool. Dans de nombreux cas, aucune cause n'est identifiée.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Le diagnostic est clinique — l'examen du pénis et la durée de l'érection sont suffisants. Une gazométrie du sang des corps caverneux (prélèvement d'une petite quantité de sang dans le pénis) distingue le priapisme ischémique (sang sombre et appauvri en oxygène) du priapisme non ischémique. Une échographie Doppler peut compléter le bilan pour visualiser la circulation sanguine pénienne.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Priapisme ischémique : aspiration du sang stagnant dans les corps caverneux (aiguille introduite dans le pénis sous anesthésie locale) — soulagement rapide de la douleur. Injection intracaverneuse d'un vasoconstricteur (médicament qui contracte les vaisseaux sanguins) comme la phényléphrine ou l'éphédrine : provoque la détumescence (réduction de l'érection). Si ces mesures échouent : chirurgie (création d'une communication entre le corps caverneux et une veine pour drainer le sang). Priapisme non ischémique : en l'absence d'urgence, surveillance ou embolisation de la fistule artério-veineuse par radiologie interventionnelle. Priapisme dans la drépanocytose : traitement de la crise drépanocytaire en parallèle (hydratation, oxygène, antalgiques, échanges transfusionnels).

Quel spécialiste consulter ?

  • Urgentiste ou urologue : prise en charge immédiate.
  • Hématologue : si contexte de drépanocytose ou leucémie.

Comment préparer sa consultation ?

Notez l'heure précise du début de l'érection. Signalez tous les médicaments pris récemment (notamment ceux pour la dysfonction érectile), les drogues ou l'alcool. Indiquez si vous avez une drépanocytose ou une autre maladie du sang. N'ayez pas honte — les équipes médicales sont habituées à cette situation et traitent tous les patients avec le même respect.