L'essentiel à retenir

  • L'hidrosadénite suppurée (HS) est une maladie inflammatoire chronique des follicules pileux des zones de plis (aisselles, aine, périnée, sous-mammaires) — elle n'est pas causée par un manque d'hygiène, ni par une infection des glandes sudoripares comme on le croyait longtemps.
  • Elle se manifeste par des nodules douloureux, des abcès récidivants, des fistules (tunnels sous-cutanés) et des cicatrices fibreuses. Elle évolue par poussées.
  • Elle touche surtout les femmes (3F/1H), commence après la puberté, et est aggravée par l'obésité, le tabac et les frottements.
  • Des traitements efficaces existent : antibiotiques, rétinoïdes, biologiques (adalimumab — seul biologique approuvé dans l'HS), chirurgie.

Est-ce grave ?

L'hidrosadénite suppurée n'engage pas le pronostic vital, mais son retentissement sur la qualité de vie est considérable — douleurs chroniques, absentéisme professionnel, isolement social, honte, dépression. C'est souvent une maladie sous-estimée par les soignants et les patients. Un diagnostic précoce et une prise en charge spécialisée permettent de contrôler la maladie et d'éviter les formes sévères cicatricielles.

Quand consulter rapidement ?

  • Abcès douloureux, rouge, fluctuant (avec du liquide sous la peau) dans les aisselles ou les plis — peut nécessiter une incision-drainage.
  • Fièvre, altération de l'état général avec infection cutanée étendue — risque de surinfection bactérienne grave, consultation médicale urgente.
  • Apparition de nouvelles lésions fistulisantes (tunnels suppurants persistants) — consultation dermatologique spécialisée HS.

Quelles sont les causes ?

La physiopathologie n'est pas entièrement élucidée. Le mécanisme initial est une occlusion folliculaire (bouchage du follicule pileux) dans les zones de plis, suivie d'une rupture du follicule → réaction inflammatoire locale intense → formation de nodules, abcès, puis tunnels (fistules). Ce n'est pas une maladie des glandes sudoripares apocrisnes (contrairement à la croyance historique) — c'est une maladie folliculaire. Facteurs déclenchants et aggravants : Tabac (principal facteur aggravant — les fumeurs ont des formes plus sévères et moins de réponse aux traitements). Obésité (les frottements et la macération dans les plis aggravent la maladie). Génétique : forme familiale dans 30-40 % des cas. Hormones androgènes (rôle des androgènes — la maladie est rare avant la puberté, s'améliore chez certaines femmes sous oestroprogestatifs). Stress. Chocs/frottements des vêtements serrés.

Quels sont les symptômes et les stades ?

Classification de Hurley : Stade I (formes légères) : nodules et abcès récurrents isolés, sans fistules ni cicatrices importantes. Stade II (formes modérées) : abcès récurrents + fistules (tunnels) + cicatrices, atteinte d'une ou plusieurs zones. Stade III (formes sévères) : atteinte diffuse avec de nombreux tunnels interconnectés et cicatrices étendues, souvent invalidante. Symptômes : Nodules douloureux (boules sous la peau), rouges, chauds. Abcès (collection purulente sous la peau), parfois avec drainage spontané de pus. Tunnels/fistules (trajets sous-cutanés persistants, avec écoulement). Odeur (liée au drainage des collections). Cicatrices en "cordons" ou en "pont" caractéristiques. Prurit (démangeaisons) dans certains cas. Douleur chronique importante impactant la mobilité et la qualité de vie.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Mesures générales : Arrêt du tabac (priorité absolue — améliore significativement la maladie). Perte de poids si obésité. Vêtements amples, matières non irritantes. Antiseptiques locaux (gluconate de chlorhexidine en gel ou savon). Déodorants à bille déconseillés dans les aisselles. Médicaments : Tétracyclines (doxycycline, lymécycline) en traitement de fond — efficaces dans les stades I-II. Association clindamycine-rifampicine (bithérapie antibiotique pour les formes modérées à sévères). Rétinoïdes oraux (acitrétine) — efficacité modérée, surtout chez les hommes. Anti-androgènes (spironolactone, oestroprogestatifs) chez les femmes avec variation hormonale nette. Adalimumab (Humira®) biologique anti-TNFα : seul biologique approuvé dans l'HS — indiqué dans les stades II-III non contrôlés — permet de réduire significativement les lésions actives. Sécukinumab (Cosentyx®) : biologique anti-IL-17A, approuvé dans l'HS modérée-sévère. Chirurgie : Incision-drainage des abcès aigus (soulagement temporaire uniquement). Exérèse large des zones atteintes (abord chirurgical de référence pour les stades III ou les formes focales) — avec cicatrisation dirigée ou greffe. Laser (Nd:YAG, CO2) : option pour les formes légères ou les tunnels.

Quel spécialiste consulter ?

  • Dermatologue : diagnostic, bilan de sévérité (score IHS4, Hurley), prescription des traitements médicamenteux y compris biologiques.
  • Chirurgien (plasticien ou digestif selon la zone) : traitement chirurgical des formes sévères.
  • Psychiatre / Psychologue : soutien psychologique (impact fort sur la qualité de vie).

Questions fréquentes

L'hidrosadénite suppurée est-elle contagieuse ?

Non — c'est un point important à clarifier. L'hidrosadénite suppurée n'est pas une maladie infectieuse et n'est pas contagieuse. Les écoulements purulents ne sont pas infectieux pour l'entourage. La maladie est liée à une réaction inflammatoire excessive du follicule pileux, pas à une infection transmissible. Cette information est essentielle car la stigmatisation liée à l'aspect et à l'odeur des lésions peut entraîner isolement social et fausse honte chez les patients.

L'alimentation influence-t-elle l'hidrosadénite suppurée ?

Des études suggèrent un lien entre certains aliments et l'aggravation des poussées chez certains patients : produits laitiers, aliments à index glycémique élevé (sucres rapides, pain blanc, boissons sucrées). Ces observations sont issues d'études de faible niveau de preuve mais certains patients rapportent une amélioration avec un régime pauvre en produits laitiers et à faible index glycémique. En l'absence de données robustes, un essai individuel encadré peut être proposé, sans se substituer au traitement médical.

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