Est-ce grave ?
Oui — la dissection aortique est une urgence vitale. Le type A (aorte ascendante atteinte) a une mortalité de 1 à 2 % par heure sans traitement chirurgical. Une prise en charge en moins de 24 heures est cruciale. Le type B (aorte descendante seule) a un meilleur pronostic mais reste sérieux. Même traitée, la dissection aortique nécessite une surveillance à vie.
URGENCE ABSOLUE — Appeler le 15
- Douleur thoracique ou dorsale brutale, déchirante ou en coup de couteau, d'intensité maximale d'emblée — même sans facteur de risque connu.
- Douleur migratoire (qui "descend" dans le dos, l'abdomen, les membres inférieurs) — très évocatrice de dissection.
- Perte de connaissance, déficit neurologique (AVC), asymétrie de pouls ou de tension artérielle entre les deux bras — signes de complication grave.
Qu'est-ce que la dissection aortique ?
L'aorte est la plus grande artère du corps — elle transporte le sang du cœur vers l'ensemble de l'organisme. Sa paroi est constituée de trois couches (intima, media, adventice). Dans la dissection, un déchirement de l'intima permet au sang de s'insinuer entre les couches, créant un faux chenal qui peut se propager rapidement. Cette progression peut comprimer les artères qui naissent de l'aorte (coronaires, artères carotides, artères mésentériques, artères rénales, artères des membres) et entraîner des ischémies d'organes. Classification de Stanford : Type A : implique l'aorte ascendante (toujours chirurgical). Type B : n'implique que l'aorte descendante (traitement médical ou endovasculaire selon la situation). Facteurs de risque : hypertension artérielle (1er facteur), syndrome de Marfan et autres maladies du tissu conjonctif (bicuspidie aortique, Ehlers-Danlos vasculaire), traumatisme thoracique, cocaïne, grossesse.
Quels sont les symptômes ?
Douleur thoracique ou dorsale d'intensité maximale d'emblée (à distinguer de l'IDM où la douleur croît progressivement), de type déchirante, en coup de couteau. Irradiation possible vers le cou, la mâchoire, les omoplates, l'abdomen, les membres inférieurs selon la propagation. Migration de la douleur (signe évocateur). Asymétrie tensionnelle entre les deux bras (différence > 20 mmHg). Déficit de pouls périphérique. Déficit neurologique si atteinte des artères carotides (AVC), douleur abdominale si atteinte des artères mésentériques, oligurie si atteinte des artères rénales. Parfois syncope (perte de connaissance).
Comment se fait le diagnostic ?
Angio-scanner thoraco-abdominal (angio-CT) : examen de référence en urgence — visualise le faux chenal, l'étendue de la dissection, les branches atteintes. Échographie transœsophagienne (ETO) : en salle de cathétérisme ou au bloc opératoire si l'angio-scanner est contre-indiqué. ECG et troponines : pour éliminer un SCA (infarctus du myocarde) — la dissection peut être confondue avec un IDM. Radiographie thoracique : peut montrer un élargissement médiastinal (peu spécifique).
Quels traitements peuvent être proposés ?
Type A (urgence chirurgicale absolue) : remplacement de l'aorte ascendante sous circulation extracorporelle (CEC) — à réaliser dans les heures qui suivent le diagnostic. Mortalité chirurgicale 10-25 % mais sans chirurgie 50 % à 48h. Type B sans complication : traitement médical — contrôle strict de la pression artérielle (bêtabloquants IV en soins intensifs), antalgie puissante, surveillance en unité de soins intensifs. Endoprothèse aortique (TEVAR) : pour les type B compliqués (ischémie d'organe, extension rapide) — technique endovasculaire minimalement invasive. Surveillance à vie : imagerie annuelle (IRM ou scanner) pour surveiller l'anévrisme du faux chenal résiduel, traitement antihypertenseur strict.
Quel spécialiste consulter ?
- Urgences — SAMU (15) : toute suspicion doit être une urgence absolue.
- Chirurgien cardiaque / Cardiologue interventionnel : prise en charge spécialisée.
- Cardiologue : suivi à long terme post-dissection.
Commentaires 0