L'essentiel à retenir
- Le carcinome hépatocellulaire (CHC) est le cancer du foie primitif le plus fréquent — il survient presque toujours sur une cirrhose ou une hépatite virale B ou C chronique.
- Un dépistage semestriel par échographie et dosage de l'alpha-foetoprotéine (AFP) est recommandé chez tous les patients cirrhotiques.
- Les traitements curatifs (résection, ablation, transplantation) ne sont possibles qu'aux stades précoces — d'où l'importance du dépistage.
- Les immunothérapies (atézolizumab + bévacizumab) ont transformé le pronostic des formes avancées.
Est-ce grave ?
Le CHC est le cancer solide avec la plus forte augmentation d'incidence mondiale. Son pronostic dépend étroitement du stade au diagnostic et de la fonction hépatique sous-jacente. Les stades précoces traités par résection ou transplantation ont des taux de survie à 5 ans de 50 à 70 %. Les formes avancées avec atteinte vasculaire ou métastatiques avaient jusqu'à récemment un pronostic très sombre — les immunothérapies ont significativement amélioré la médiane de survie.
Quand consulter rapidement ?
Consultez en urgence si un patient cirrhotique présente :
- Douleurs abdominales droites intenses, chute de l'état général, fièvre — peuvent indiquer une rupture tumorale.
- Ictère (jaunisse) brutalement aggravé avec ascite augmentant rapidement.
- Décompensation hépatique sans facteur déclenchant évident (ascite, encéphalopathie).
Qu'est-ce que le cancer du foie ?
Le terme cancer du foie désigne souvent le carcinome hépatocellulaire (CHC), développé à partir des hépatocytes (cellules hépatiques). Il représente 80 % des cancers primitifs du foie. Les métastases hépatiques (cancers d'autres organes se propageant au foie) sont bien plus fréquentes mais constituent un diagnostic différent. Le CHC survient dans 90 % des cas sur un foie malade : cirrhose (quelle qu'en soit la cause), hépatite B chronique même sans cirrhose.
Quels sont les symptômes ?
Le CHC est souvent asymptomatique aux stades précoces — diagnostiqué par le dépistage semestriel chez les cirrhotiques. À un stade plus avancé : douleurs de l'hypocondre droit, altération de l'état général, perte de poids, fièvre, ictère. Une aggravation brutale de l'état d'un patient cirrhotique (ascite réfractaire, encéphalopathie, ictère) peut révéler un CHC.
Quelles sont les causes et facteurs de risque ?
Les hépatites virales chroniques B (VHB) et C (VHC) sont les causes mondiales les plus fréquentes (60 % des CHC dans le monde). La cirrhose alcoolique est la principale cause en Europe. La stéatohépatite non alcoolique (NASH, liée à l'obésité et au diabète) est une cause en forte augmentation. D'autres causes de cirrhose (hémochromatose, CBP, hépatite auto-immune) confèrent aussi un risque. L'aflatoxine B1 (moisissure contaminant les céréales et arachides dans les régions tropicales) est un carcinogène puissant.
Comment se fait le diagnostic ?
L'échographie hépatique semestrielle est le pilier du dépistage chez les cirrhotiques. Une lésion > 1 cm détectée à l'échographie est confirmée par une imagerie dynamique (scanner ou IRM hépatique avec injection) selon les critères EASL — un nodule présentant une hypervascularisation artérielle et un lavage portal signe le CHC sans nécessité de biopsie dans la plupart des cas. L'AFP sert de marqueur tumoral (seuil > 200 ng/mL très spécifique). La biopsie est réservée aux lésions indéterminées.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Stades précoces (BCLC 0-A) : résection chirurgicale, transplantation hépatique (critères de Milan) ou ablation percutanée (radiofréquence, micro-ondes). Stades intermédiaires (BCLC B) : chimio-embolisation artérielle (TACE). Stades avancés (BCLC C) : immunothérapie de référence (atézolizumab + bévacizumab, durvalumab + trémelimumab) ou sorafénib/lénvatinib. Stades terminaux (BCLC D) : soins palliatifs.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
La transplantation hépatique offre la meilleure chance de guérison pour les CHC dans les critères de Milan (survie à 5 ans > 70 %). La résection et l'ablation ont des taux de récidive élevés (50 à 70 % à 5 ans) — un suivi imagerie rigoureux est indispensable.
Quel spécialiste consulter ?
- Hépatologue / Gastro-entérologue : suivi de la cirrhose et dépistage.
- Chirurgien hépatique : résection et transplantation.
- Oncologue médical / Radiologie interventionnelle : traitements curatifs et palliatifs.
Comment préparer sa consultation ?
Apportez votre dernière échographie, vos bilans biologiques (AFP, bilan hépatique) et vos résultats de fibroscopie. Précisez votre consommation d'alcool et vos antécédents d'hépatite virale. Mentionnez vos traitements en cours.
Questions fréquentes
Peut-on avoir un cancer du foie sans avoir de cirrhose ?
Oui. L'hépatite B chronique peut provoquer un CHC sans cirrhose préexistante (surtout dans les zones à forte endémie). Des CHC peuvent aussi survenir sur une hépatite chronique C fibreuse sans cirrhose établie, ou plus rarement sur un foie sain (en cas d'aflatoxine). C'est pourquoi les porteurs chroniques du VHB bénéficient d'un dépistage même en l'absence de cirrhose.
La vaccination contre l'hépatite B prévient-elle le cancer du foie ?
Oui. En prévenant l'infection chronique à VHB, la vaccination antiHBV prévient efficacement le CHC. C'est l'un des rares exemples de vaccination anti-cancéreuse directe. L'OMS recommande la vaccination universelle des nourrissons.
Le traitement antiviral de l'hépatite C guérit-il aussi le cancer du foie ?
Le traitement de l'hépatite C par antiviraux d'action directe (AAD) élimine le virus et réduit significativement le risque de CHC chez les patients non cirrhotiques. Chez les cirrhotiques guéris virologiquement, le risque de CHC diminue mais persiste — le dépistage semestriel doit être maintenu à vie.
La transplantation hépatique est-elle possible pour tous les CHC ?
Non. Les critères de Milan (un nodule ≤ 5 cm ou 3 nodules ≤ 3 cm, sans invasion vasculaire ni métastase) définissent les patients bénéficiant d'une transplantation curative. Des critères élargis sont discutés dans certains centres. La liste d'attente est longue — des traitements "pont" (TACE, ablation) sont utilisés en attendant un greffon.
L'alcool peut-il provoquer un cancer du foie même sans cirrhose ?
L'alcool provoque le cancer du foie principalement via la cirrhose alcoolique — mais une association directe sans cirrhose est aussi possible à très haute consommation. Toute réduction de la consommation d'alcool diminue le risque de cirrhose et donc de CHC.
NASH et cancer du foie : est-ce vraiment un risque ?
Oui. La stéatohépatite non alcoolique (NASH), liée à l'obésité et au diabète, est désormais la cause de CHC en plus forte progression dans les pays occidentaux. Une cirrhose NASH confère le même risque de CHC que les autres cirrhoses. La réduction pondérale et le contrôle du diabète sont les meilleures mesures préventives.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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