L'essentiel à retenir
- L'épitrochléite (ou épicondylite médiale) est une tendinopathie d'insertion à l'épitrochlée — la saillie osseuse à l'intérieur du coude — où s'insèrent les muscles fléchisseurs du poignet et des doigts et le muscle rond pronateur.
- Elle est causée par des microtraumatismes répétés des tendons fléchisseurs — mouvements de lancer, de flexion forcée du poignet, de pronation (golf, tennis, travail manuel).
- La douleur est à l'intérieur du coude, aggravée par la flexion du poignet contre résistance et la pronation de l'avant-bras.
- Le traitement repose sur le repos relatif, la kinésithérapie (étirements et renforcement excentrique), les AINS et parfois les infiltrations.
Est-ce grave ?
L'épitrochléite n'est pas grave — elle ne détruit pas l'articulation du coude. Mais elle peut être invalidante et longue à guérir (parfois 12-18 mois). Un traitement précoce et adapté raccourcit le délai de guérison. Un point de vigilance : l'épitrochlée est proche du nerf cubital (nerf ulnaire) — une complication rare est une névrite cubitale associée (compression du nerf au niveau du coude) qui se manifeste par des engourdissements de l'auriculaire et de l'annulaire.
Quand consulter ?
Il n'y a pas d'urgence. Consultez si :
- Douleur avec engourdissement ou faiblesse des doigts (auriculaire, annulaire) — signe d'atteinte du nerf cubital associée.
- La douleur ne s'améliore pas après 6-8 semaines de traitement bien conduit.
- Blocage ou instabilité du coude associés à la douleur.
Qu'est-ce que l'épitrochléite ?
L'épitrochlée (ou épicondyle médial) est la saillie osseuse à la face interne du coude. C'est là que s'attachent les tendons communs des muscles fléchisseurs-pronateurs : fléchisseur commun superficiel des doigts, fléchisseur commun profond des doigts, muscle rond pronateur, fléchisseur ulnaire du carpe. Des microtraumatismes répétitifs en flexion et pronation provoquent de petites déchirures à la jonction tendon-os. Comme dans l'épicondylite latérale, le mécanisme est une dégénérescence tendineuse (tendinose) plus qu'une vraie inflammation. L'épitrochléite est 3 à 10 fois moins fréquente que l'épicondylite latérale.
Quels sont les symptômes ?
Douleur à la face interne du coude (épitrochlée), à la palpation. Douleur reproduite par la flexion du poignet contre résistance (main en supination) ou la pronation de l'avant-bras contre résistance. Irradiation vers l'avant-bras possible. Faiblesse de préhension et de flexion du poignet. Douleur aggravée par les activités spécifiques (golf, tennis service-smash, lancer, activités professionnelles). Douleur à l'intérieur du coude lors des poignées de main. Possibilité d'engourdissements de l'auriculaire et de l'annulaire si nerf cubital irrité (canal de Guyon).
Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?
Sports : golf (impact répété sur le gazon), tennis (service, smash, coup droit), judo et sports de combat, lancers, activités de force. Travail manuel : menuiserie, plomberie, maçonnerie, cuisiniers, travaux de force manuels. Facteurs intrinsèques : âge 45-55 ans (pic de fréquence), tabagisme, obésité, diabète (facteurs de tendinose). Facteurs extrinsèques : mauvaise technique sportive (arc de golf incorrect), posture de travail contraignante.
Comment se fait le diagnostic ?
Diagnostic clinique : palpation de l'épitrochlée, tests de résistance en flexion et pronation. Test de flexion du poignet contre résistance (patient en supination, poignet en extension, flexion contre résistance → douleur interne du coude). Échographie : confirme la tendinopathie (épaississement hypoéchogène, calcifications). IRM : si doute diagnostique, avant chirurgie. Électromyogramme (EMG) : si suspicion de névrite cubitale associée (engourdissements des doigts).
Quels traitements peuvent être proposés ?
Repos relatif et modification des activités déclenchantes. Kinésithérapie : programme d'étirements des fléchisseurs et de renforcement excentrique — traitement de fond le plus efficace. Massages transverses profonds sur le tendon. Glaçage local. Orthèse d'épitrochlée : bande de soutien sur l'avant-bras pour décharger l'insertion (soulagement symptomatique lors des activités). AINS locaux et per os pour les poussées douloureuses. Infiltration de corticoïdes : soulagement rapide mais limité dans le temps — maximum 2-3 injections. Injections de PRP (plasma riche en plaquettes) : en cours d'évaluation. Chirurgie (ténomyotomie) : rare, pour les formes chroniques rebelles à > 6 mois de traitement conservateur bien conduit.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
La guérison est obtenue dans la grande majorité des cas avec un traitement conservateur bien conduit, en 3 à 18 mois. La récidive est possible si les activités causales ne sont pas modifiées et si la technique sportive ou le poste de travail ne sont pas adaptés.
Quel spécialiste consulter ?
- Médecin généraliste : diagnostic et traitement initial.
- Kinésithérapeute : rééducation — traitement de fond.
- Rhumatologue / Médecin du sport : formes rebelles, infiltration.
- Chirurgien orthopédiste : si indication chirurgicale ou névrite cubitale associée sévère.
Comment préparer sa consultation ?
Décrivez les activités déclenchantes (sport, profession). Précisez si des engourdissements des doigts sont présents. Mentionnez les traitements déjà essayés. Apportez les éventuelles imageries. Indiquez les médicaments en cours.
Questions fréquentes
Épitrochléite ou épicondylite : comment distinguer les deux ?
L'épitrochléite touche la face interne (médiale) du coude — l'épicondylite la face externe (latérale). La douleur interne au coude évoque une épitrochléite (fléchisseurs), la douleur externe une épicondylite (extenseurs). Les deux peuvent coexister chez les mêmes sportifs. L'épitrochléite est 3 à 10 fois moins fréquente que l'épicondylite latérale.
La névrite cubitale associée à l'épitrochléite est-elle sérieuse ?
Elle peut l'être si elle n'est pas traitée. Le nerf cubital passe dans une gouttière (gouttière épitrochléo-olécranienne) juste derrière l'épitrochlée. L'inflammation tendineuse peut irriter ce nerf et provoquer des engourdissements, picotements ou faiblesse de l'auriculaire et de l'annulaire. Dans les formes sévères, une transposition chirurgicale du nerf cubital peut être nécessaire pour le décomprimer.
Peut-on faire du golf ou du tennis avec une épitrochléite ?
Pas pendant la phase aiguë douloureuse. Une reprise progressive est possible après amélioration clinique, avec correction de la technique (arc de swing, position de la main au service) et adaptation du matériel (raquette plus légère, grip moins serré). Un kinésithérapeute spécialisé ou un médecin du sport peut guider la reprise sportive.
Combien de temps dure la guérison ?
Avec un traitement bien conduit, l'amélioration est souvent sensible en 4 à 8 semaines. La guérison complète peut prendre 3 à 12 mois selon la sévérité et la persistance des facteurs déclenchants. Les formes chroniques rebelles peuvent durer jusqu'à 18-24 mois.
L'épitrochléite peut-elle être reconnue comme maladie professionnelle ?
Oui. L'épitrochléite est inscrite dans le tableau n°57 des maladies professionnelles pour certaines activités professionnelles comportant des gestes répétitifs en flexion/pronation du poignet (travail manuel, industrie agroalimentaire, etc.). Le médecin du travail peut vous aider dans cette démarche de reconnaissance si votre activité professionnelle est en cause.
La chirurgie de l'épitrochléite est-elle courante ?
Non. Elle est réservée aux formes sévères résistant à plus de 6 mois de traitement conservateur bien conduit. Elle consiste en une désinsertion ou une résection partielle du tendon pathologique au niveau de l'épitrochlée, suivie d'une rééducation. Les résultats sont bons dans environ 80 % des cas rebelles.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
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