Est-ce grave ?

Une hypothyroïdie modérée non traitée peut altérer significativement la qualité de vie et exposer à terme à des complications cardiovasculaires (hypercholestérolémie, insuffisance cardiaque), une anémie, une dépression profonde et, chez la femme enceinte, à des risques pour le développement neurologique du fœtus. Traitée correctement, l'hypothyroïdie est parfaitement compatible avec une vie normale. Le coma myxœdémateux (hypothyroïdie décompensée sévère) est une urgence vitale rare mais possible chez les patients âgés non traités.

Quand consulter rapidement ?

  • Grossesse ou désir de grossesse : une hypothyroïdie non traitée ou mal équilibrée pendant la grossesse peut affecter le développement neurologique du bébé → bilan thyroïdien dès le début et suivi endocrinologique.
  • Somnolence extrême, hypothermie, confusion chez une personne âgée connue hypothyroïdienne ou non traitée → urgences médicales (coma myxœdémateux possible).
  • Hypothyroïdie confirmée avec douleur thoracique ou épanchement péricardique à l'échographie → cardiologue et endocrinologue.

Comment la thyroïde fonctionne-t-elle normalement ?

La thyroïde (glande en forme de papillon à la base du cou) produit les hormones T3 et T4 à partir d'iode alimentaire. Ces hormones régulent le métabolisme basal (production d'énergie), la fréquence cardiaque, la température corporelle, la croissance, le développement neurologique chez le fœtus et l'enfant, l'humeur et la digestion. La production thyroïdienne est commandée par la TSH (thyréostimuline), secrétée par l'hypophyse : si T3 et T4 baissent, la TSH monte pour stimuler la thyroïde. C'est pourquoi la TSH est le premier marqueur à doser pour dépister une hypothyroïdie.

Quels sont les symptômes ?

Métaboliques : prise de poids malgré un appétit inchangé, intolérance au froid (frilosité permanente), hypercholestérolémie. Cardiovasculaires : bradycardie (pouls lent), hypertension diastolique, épanchement péricardique dans les formes sévères. Cutanés : peau sèche, froide, pâle ou jaunâtre (caroténémie), cheveux et ongles cassants, chute de cheveux, dépilation des sourcils (signe du tiers externe — queue du sourcil). Neuromusculaires : fatigue musculaire, crampes, syndrome du canal carpien, ralentissement des réflexes ostéo-tendineux, engourdissements. Digestifs : constipation, ballonnements. Psychiques : dépression, ralentissement intellectuel, difficultés de concentration, mauvaise mémoire. Gynécologiques : troubles du cycle, ménorragies (règles abondantes), infertilité. Voix : rauque, enrouée. Visage : bouffi (myxœdème), paupières gonflées. Hypothyroïdie fruste : TSH entre 4 et 10 mUI/L, T4 normale, symptômes absents ou discrets.

Comment se fait le diagnostic ?

TSH plasmatique : premier examen. Élevée (> 4 mUI/L) → hypothyroïdie. Effondrée → hyperthyroïdie. T4 libre (FT4) : abaissée en hypothyroïdie patente (TSH élevée + T4 basse). Normale en hypothyroïdie fruste (TSH légèrement élevée + T4 dans les normes). Anticorps anti-thyroïdiens (anti-TPO, anti-thyroglobuline) : élevés dans la thyroïdite de Hashimoto. Échographie thyroïdienne : aspects de la glande (atrophie, nodules, signes de thyroïdite auto-immune — aspect hétérogène hypoéchogène). Bilan lipidique (cholestérol souvent élevé dans l'hypothyroïdie), NFS (anémie possible).

Quels traitements peuvent être proposés ?

Lévothyroxine (L-T4 — Lévothyrox, Euthyrox, L-Thyroxin) : hormone thyroïdienne synthétique de référence. Comprimé ou solution buvable. Prise unique le matin à jeun (30 minutes avant le petit-déjeuner) pour une absorption optimale. Ne pas changer de marque sans ravis médical (bioéquivalence variable). La dose est progressivement augmentée jusqu'à normalisation de la TSH. Objectif thérapeutique : TSH dans la fourchette de normalité (0,5 à 2,5 mUI/L pour la majorité des patients, 0,5 à 1,5 mUI/L chez la femme enceinte). Contrôle biologique (TSH) 6-8 semaines après chaque changement de dose. Surveillance annuelle une fois la dose stable. Hypothyroïdie fruste légère (TSH entre 4 et 10 mUI/L) : traitement discuté selon les symptômes, l'âge, la grossesse. Pas systématique chez l'adulte de plus de 65 ans avec TSH modérément élevée et asymptomatique. Attention aux interactions : les sels de calcium, le fer, les antiacides, le café réduisent l'absorption de la lévothyroxine — prendre à distance (au moins 4 heures).

Quel spécialiste consulter ?

  • Médecin généraliste : dépistage, diagnostic, initiation du traitement par lévothyroxine, suivi biologique.
  • Endocrinologue : formes complexes (hypothyroïdie centrale, grossesse, résistance, nodules associés), ajustement difficile.
  • Gynécologue-obstétricien : suivi de la thyroïde pendant la grossesse.