L'essentiel à retenir
- L'hirsutisme est une pilosité excessive en zones androgéno-dépendantes chez la femme (zones où normalement seuls les hommes développent une pilosité importante) — à distinguer de l'hypertrichose (excès de poils généralisé, non lié aux androgènes).
- Évaluation par le score de Ferriman-Gallwey (FG) : score > 8 définit un hirsutisme chez les femmes caucasiennes.
- Cause la plus fréquente : SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) dans 70-80 % des cas. Autres causes : hirsutisme idiopathique (androgènes normaux), hyperplasie congénitale des surrénales à révélation tardive, tumeurs androgéno-sécrétantes (rares).
- Traitements : traitement de la cause, anti-androgènes (spironolactone), contraceptifs oestroprogestatifs, traitements cosmétiques (laser, dépilatoires, épilation).
Est-ce grave ?
L'hirsutisme en lui-même ne met pas la vie en danger, mais il peut être le signe d'une pathologie sous-jacente nécessitant une prise en charge (SOPK avec risque de syndrome métabolique, hyperplasie surrénale). Les rares tumeurs androgéno-sécrétantes (ovariennes ou surrénaliennes) qui provoquent un hirsutisme sévère et rapidement progressif doivent être écartées car elles nécessitent un traitement urgent. Le retentissement psychologique de l'hirsutisme (estime de soi, vie sociale et affective) est souvent sous-estimé et mérite une attention empathique.
Quand consulter rapidement ?
- Hirsutisme d'installation rapide (en quelques semaines ou mois), sévère, associé à une voix qui mue, une augmentation du clitoris (virilisation), une chute des cheveux de type masculin — suspicion de tumeur androgéno-sécrétante, consultation endocrinologique urgente.
- Hirsutisme + troubles des règles + obésité abdominale + acné — SOPK probable, consultation médicale pour bilan hormonal.
Quelles sont les causes ?
SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) : 70-80 % des cas d'hirsutisme. Excès d'androgènes ovariens (testostérone) ± résistance à l'insuline. Association : irrégularités menstruelles, acné, infertilité. Hirsutisme idiopathique (15-20 % des cas) : androgènes circulants normaux, mais sensibilité accrue des follicules pileux aux androgènes. Pas d'autre anomalie identifiable. Hyperplasie congénitale des surrénales (HCS) à révélation tardive (5-10 % des cas) : déficit en 21-hydroxylase → excès de précurseurs androgènes surrénaliens. Dosage de la 17-hydroxyprogestérone (17-OHP) à J3 du cycle. Syndrome de Cushing : hypersécrétion de cortisol → excès d'androgènes. Clinique : obésité centrale, vergetures, bosse de bison, faiblesse musculaire. Tumeurs androgéno-sécrétantes : rares (< 1 %), mais à évoquer devant un hirsutisme sévère et rapidement progressif. Tumeurs ovariennes (arrhenoblastome, tumeur de la granulosa). Tumeurs surrénaliennes (carcinome surrénalien). Médicaments : certains progestatifs (norgestrel, lévonorgestrel), danazol, stéroïdes anabolisants, cyclosporine, minoxidil.
Quels sont les symptômes associés ?
Pilosité excessive en zones masculines : lèvre supérieure, menton, joues, cou, poitrine, péri-aréolaire, ligne médiane abdominale, pubis (en losange masculin), dos, fesses. Acné (souvent associée — même cause androgénique). Alopécie androgénique (chute des cheveux de type masculin). Troubles menstruels (irrégularités, aménorrhée) — orientent vers SOPK. Séborrhée (peau et cheveux gras). Signes de virilisation (voix grave, clitoromégalie) — rares, évocateurs de tumeur.
Comment se fait le diagnostic ?
Score de Ferriman-Gallwey (FG) : évalue la pilosité sur 9 zones (lèvre sup., menton, poitrine, abdomen haut et bas, cuisse, bras, dos haut et bas) de 0 à 4 → score total > 8 = hirsutisme (seuil variable selon l'ethnie). Bilan hormonal sanguin (J3 du cycle si possible) : Testostérone totale et libre (T). DHEA-S (déhydroépiandrostérone sulfate — marqueur surrénalien). 17-OHP (17-hydroxyprogestérone — HCS à révélation tardive). LH, FSH (rapport LH/FSH > 2 évocateur de SOPK). Prolactinémie. Cortisolurie ou test de freinage rapide à la dexaméthasone (si Cushing suspecté). Échographie pelvienne : ovaires polykystiques (SOPK). Scanner surrénalien ou IRM pelvienne si tumeur suspectée.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Traitement de la cause : SOPK → réduction de l'insulinorésistance (perte de poids, metformine), anti-androgènes. HCS → hydrocortisone (corticoïde faible dose pour freiner la sécrétion d'ACTH). Cushing → traitement de la tumeur surrénalienne ou de la cause. Tumeur → chirurgie d'exérèse. Traitements anti-androgènes : Spironolactone (Aldactone® — hors AMM mais utilisée) : anti-androgène efficace, à associer à une contraception (tératogène). Acétate de cyprotérone (Diane® 35 — contraceptif anti-androgénique). Contraceptifs oestroprogestatifs (pilule) : réduisent les androgènes ovariens (LH ↓), augmentent la SHBG (protéine transportant les androgènes) → moins d'androgènes libres. Traitements cosmétiques (agissent sur le poil visible mais ne traitent pas la cause) : Épilation laser (Nd:YAG, alexandrite, diode) — efficace et durable sur poils foncés. Photoépilation (IPL). Électrolyse (destruction définitive du follicule — séances longues). Eflornitine crème (Vaniqa®) : ralentit la repousse sur le visage. Crèmes dépilatoires, rasage, épilation à la cire — temporaires.
Quel spécialiste consulter ?
- Gynécologue / Endocrinologue : bilan hormonal, SOPK, traitement anti-androgène.
- Dermatologue : traitement cosmétique (laser, électrolyse).
- Médecin généraliste : premier recours, orientation.
Questions fréquentes
L'hirsutisme peut-il disparaître seul ?
Sans traitement, l'hirsutisme lié à des causes hormonales (SOPK, HCS) a peu de chances de disparaître spontanément. Le SOPK s'améliore parfois après la ménopause (baisse des androgènes ovariens) mais les poils déjà développés ne disparaissent pas spontanément. En revanche, un hirsutisme médicamenteux régresse généralement après arrêt du médicament en cause. Un hirsutisme idiopathique peut rester stable des années sans progression majeure. Les traitements hormonaux réduisent efficacement la croissance de nouveaux poils mais n'éliminent pas les poils existants (d'où l'intérêt de combiner traitement hormonal + traitement cosmétique).
La pilule contraceptive peut-elle aider contre l'hirsutisme ?
Oui — les contraceptifs oestroprogestatifs (pilule combinée) réduisent la production ovarienne d'androgènes en freinant la sécrétion de LH, et augmentent la SHBG (protéine qui "capture" les androgènes libres). Le résultat est une diminution de la stimulation androgénique des follicules pileux — la progression de l'hirsutisme est freinée, et une amélioration modeste des poils existants est possible après 6 à 12 mois. L'association pilule + spironolactone donne de meilleurs résultats que chaque traitement pris isolément.
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