L'essentiel à retenir
- La galactorrhée est un écoulement mammaire lacté (blanc ou translucide) bilatéral, spontané ou provoqué, non lié à la grossesse ni à l'allaitement — parfois associé à des troubles des règles (oligoménorrhée ou aménorrhée) et à une infertilité.
- La cause la plus fréquente est l'hyperprolactinémie — taux de prolactine élevé dans le sang. Les causes principales : prolactinome (adénome hypophysaire sécrétant de la prolactine), médicaments (antipsychotiques, antiémétiques, certains antidépresseurs), hypothyroïdie, insuffisance rénale chronique.
- Le bilan de première intention comprend : dosage de la prolactinémie, bilan thyroïdien (TSH), test de grossesse (β-hCG), créatinine. En cas d'hyperprolactinémie confirmée : IRM hypophysaire.
- Le traitement dépend de la cause : agonistes dopaminergiques (cabergoline, bromocriptine) pour le prolactinome ; arrêt du médicament causal si iatrogène.
Est-ce grave ?
La galactorrhée en elle-même est bénigne. La gravité dépend de la cause : un prolactinome volumineux (macroadénome > 1 cm) peut comprimer le chiasma optique et provoquer une hémianopsie (perte du champ visuel latéral), des céphalées ou une insuffisance hypophysaire. Les prolactinomes de petite taille (microadénomes) ne compromettent pas le pronostic vital. L'hyperprolactinémie non traitée peut entraîner une ostéoporose (par déficit en œstrogènes) et une infertilité.
Quand consulter rapidement ?
- Galactorrhée + troubles visuels (perte du champ visuel latéral, vision double) — compression chiasmatique par macroadénome hypophysaire.
- Galactorrhée + céphalées intenses d'apparition brutale — apoplexie hypophysaire (hémorragie dans un adénome).
- Galactorrhée chez l'homme — toujours anormale, bilan obligatoire.
Qu'est-ce que la galactorrhée ?
La production de lait est normalement régulée par la prolactine (hormone de l'antéhypophyse). En dehors de la grossesse et de l'allaitement, la sécrétion de prolactine est inhibée par la dopamine. Tout ce qui lève cette inhibition (ou stimule directement la prolactine) provoque une hyperprolactinémie et potentiellement une galactorrhée. Causes d'hyperprolactinémie et de galactorrhée : Prolactinome : adénome hypophysaire sécrétant de la prolactine (microadénome < 1 cm, macroadénome ≥ 1 cm). La cause la plus fréquente d'hyperprolactinémie pathologique. Médicaments antiprolactines (bloquant la dopamine) : antipsychotiques (halopéridol, rispéridone, aripiprazole), antiémétiques (métoclopramide, dompéridone), certains antidépresseurs (ISRS à forte dose), certains antihypertenseurs (méthyldopa, vérapamil), IPP à forte dose. Hypothyroïdie : la TRH stimule aussi la prolactine. Insuffisance rénale chronique. Grossesse et allaitement (normal). Stimulation mammaire répétée (port de vêtements serrés, automanipulation). Galactorrhée idiopathique (prolactinémie normale, pas de lésion identifiée). Macroprolactinémie : forme non bioactive de prolactine élevée — bénigne, ne nécessite pas de traitement.
Quels sont les symptômes ?
Écoulement spontané ou à la pression des mamelons, bilatéral, blanc laiteux ou translucide. Peut être uni- ou bilatéral, de faible ou grande abondance. Troubles des règles chez la femme : oligoménorrhée (règles espacées), aménorrhée (absence de règles), spanioménorrhée. Infertilité par anovulation (pas d'ovulation liée à l'hyperprolactinémie). Signes d'hypo-œstrogénie : sécheresse vaginale, libido diminuée. Chez l'homme : baisse de libido, dysfonction érectile, gynécomastie. En cas de prolactinome volumineux : céphalées, troubles visuels (hémianopsie bitemporale).
Comment se fait le diagnostic ?
Prolactinémie à jeun (matin, au repos) : valeur normale < 25 ng/mL chez la femme, < 20 ng/mL chez l'homme. Bilan thyroïdien (TSH, T4 libre) : éliminer une hypothyroïdie. Grossesse (β-hCG urinaire ou sérique). Créatinine : éliminer une insuffisance rénale. En cas d'hyperprolactinémie confirmée et persistante (2 dosages) : IRM hypophysaire avec injection de gadolinium — recherche d'un prolactinome. Champ visuel (périmétrie) : si macroadénome suspecté. Bilan hormonal complet de l'axe hypothalamo-hypophysaire si macroadénome : FSH, LH, œstradiol (ou testostérone), IGF-1 (GH), cortisol, ACTH, TSH — recherche d'une insuffisance hypophysaire globale.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Galactorrhée médicamenteuse : arrêt ou substitution du médicament responsable si possible. Prolactinome (micro ou macroadénome) : Agonistes dopaminergiques (traitement de référence médical) : Cabergoline (Dostinex) : 0,25 à 1 mg 2x/semaine — traitement de première intention. Normalise la prolactinémie dans > 90 % des cas. Réduit la taille du prolactinome (dans 80 % des macroadénomes). Bromocriptine (alternative — moins bien tolérée). Durée du traitement : 2 ans minimum, parfois à vie selon la réponse. Chirurgie hypophysaire (transsphénoïdale) : si résistance aux agonistes dopaminergiques, si intolérance, ou si compression chiasmatique réfractaire. Radiothérapie : rare, réservée aux adénomes résistants et non opérables. Hypothyroïdie : lévothyroxine — normalise la prolactinémie. Galactorrhée idiopathique : abstention si asymptomatique, traitement par agoniste dopaminergique si gênante.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
Les microadénomes sont stabilisés ou régres avec la cabergoline — une rémission durable (sans traitement) après 2 ans de traitement est possible dans 30-50 % des cas. Les macroadénomes nécessitent souvent un traitement prolongé. La galactorrhée idiopathique est souvent transitoire. Un suivi régulier (prolactinémie, IRM, champ visuel selon les cas) est nécessaire.
Quel spécialiste consulter ?
- Endocrinologue : bilan et traitement de l'hyperprolactinémie et du prolactinome.
- Gynécologue : si troubles des règles et infertilité associés.
- Neurochirurgien : si chirurgie hypophysaire indiquée.
- Ophtalmologue : si troubles visuels (champ visuel).
Questions fréquentes
La galactorrhée peut-elle survenir chez l'homme ?
Oui — c'est rare mais possible. Chez l'homme, la galactorrhée est toujours pathologique (contrairement à la femme où des sécrétions physiologiques en post-partum sont normales). Elle est le plus souvent due à un prolactinome (souvent macroadénome chez l'homme, car le diagnostic est posé plus tard), à un médicament (antipsychotiques), ou à une hypothyroïdie. Le bilan est identique à celui de la femme.
La cabergoline est-elle compatible avec la grossesse ?
La cabergoline doit être arrêtée dès que la grossesse est confirmée. En cas de désir de grossesse chez une patiente avec prolactinome sous cabergoline : arrêt du traitement dès que la grossesse est positive. Le prolactinome peut croître pendant la grossesse sous l'effet des œstrogènes — surveillance clinique (céphalées, troubles visuels) et IRM en cas de symptômes. Pour les microadénomes, le risque est faible. Pour les macroadénomes, une surveillance rapprochée est nécessaire.
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