L'essentiel à retenir
- Les fièvres hémorragiques d'Amérique du Sud sont causées par des arénavirus (famille Arenaviridae) : virus Junin (Argentine), Machupo (Bolivie), Guanarito (Venezuela), Sabia (Brésil), Chapare (Bolivie) — chacun étant associé à un rongeur réservoir spécifique.
- La transmission à l'homme se fait principalement par contact avec les excréments ou urines des rongeurs réservoirs (inhalation d'aérosols, contact cutané ou muqueux), lors d'activités agricoles ou rurales.
- Le tableau clinique comporte 3 phases : prodromes (fièvre, malaise), phase neurologique (tremblement, confusion, ataxie) et phase hémorragique (pétéchies, saignements des muqueuses, hémorragies internes) — avec une mortalité de 15-30 % sans traitement.
- La ribavirine IV est efficace si administrée tôt. Pour la fièvre hémorragique argentine (Junin), un plasma immun de convalescent est disponible en Argentine. Un vaccin (Candid 1) existe pour la fièvre hémorragique argentine.
Est-ce grave ?
Ces maladies sont graves : mortalité de 15-30 % sans traitement spécifique. Le traitement par ribavirine réduit la mortalité à < 5 % si administré précocement. Des séquelles neurologiques (ataxie cérébelleuse) peuvent persister, surtout après fièvre hémorragique bolivienne. En dehors de l'Amérique du Sud, ces maladies sont extrêmement rares (travailleurs humanitaires, voyageurs en zones agricoles rurales).
Signalement urgent si :
- Fièvre hémorragique (saignements multiples) chez un voyageur de retour d'Amérique du Sud (zones rurales ou agricoles).
- Ces maladies sont à déclaration obligatoire — signalement immédiat.
- Isolement du patient et protection des soignants (risque de transmission interhumaine, surtout pour Machupo et Sabia).
Qu'est-ce que les fièvres hémorragiques d'Amérique du Sud ?
Les arénavirus pathogènes d'Amérique du Sud appartiennent au groupe des "New World arenaviruses" (Clade B). Chaque virus est associé à un rongeur réservoir spécifique : Calomys musculinus (Junin/Argentine), Calomys callosus (Machupo/Bolivie), Zygodontomys brevicauda (Guanarito/Venezuela). Ces rongeurs sont porteurs chroniques asymptomatiques et excrètent le virus dans leurs urines et fèces. Les activités agricoles (récoltes de maïs, coupe de canne à sucre) favorisent l'exposition. La transmission interhumaine est possible pour certains (Machupo, Sabia) par contact direct avec du sang ou des liquides biologiques — plus limitée que pour Ebola. Le virus infecte les cellules endothéliales, les macrophages et les plaquettes → vasculite et perturbation de la coagulation.
Quels sont les symptômes ?
Incubation : 7 à 21 jours. Phase prodromale (J1-J4) : fièvre progressive (38,5-40°C), malaise intense, céphalées, myalgies, douleurs rétro-orbitaires, anorexie, nausées. Énanthème (lésions des muqueuses buccales — pétéchies, érythème). Phase neurologique (J4-J8) : tremblements fins des membres, ataxie, hypotension orthostatique, bradycardie. Phase hémorragique (J7-J12) : Hémorragies cutanées (pétéchies, purpura, ecchymoses). Saignements des muqueuses (gingivorragies, épistaxis, hémoptysie). Hémorragies internes (digestives, urinaires). Thrombopénie sévère, leucopénie. Défaillance multiviscérale dans les cas graves.
Comment se fait le diagnostic ?
Contexte : travail agricole ou séjour en zone rurale d'Amérique du Sud (Argentine pampéenne, Bolivie, Venezuela). RT-PCR spécifique sur sang : confirme l'arénavirus en phase aiguë. Sérologie (ELISA IgM et IgG) : confirmatoire. Biologie : leucopénie, thrombopénie, cytolyse hépatique, protéinurie. Diagnostics différentiels : fièvre jaune, dengue sévère, leptospirose, malaria cérébrale.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Ribavirine IV : efficace sur tous les arénavirus pathogènes — réduit la mortalité de façon significative si administrée dans les 6-8 premiers jours. Plasma immun de convalescent (fièvre hémorragique argentine uniquement) : disponible en Argentine — très efficace pour réduire la mortalité à < 1 %. Soins de support intensifs : réanimation hémodynamique, transfusions plaquettaires et de plasma frais, dialyse rénale. Isolement strict et protection des soignants (précautions "sang et liquides biologiques"). Déclaration obligatoire. Vaccin Candid 1 (fièvre hémorragique argentine) : vaccin vivant atténué, disponible et obligatoire pour les travailleurs agricoles des zones endémiques d'Argentine.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
Avec ribavirine précoce (+ plasma immun pour Junin), la mortalité est réduite à < 5 %. Sans traitement, 15-30 % des patients décèdent. Les séquelles neurologiques (ataxie) sont possibles, surtout après fièvre hémorragique bolivienne.
Quel spécialiste consulter ?
- Urgences + SAMU (15) : signalement immédiat en cas de suspicion.
- Infectiologue / Unité de maladies infectieuses à haut risque (SMIT) : prise en charge spécialisée.
Questions fréquentes
Ces maladies existent-elles en France ?
Non, de façon autochtone. Quelques cas importés ont été signalés en Europe chez des voyageurs ou des travailleurs humanitaires revenant d'Amérique du Sud. La France dispose de protocoles de prise en charge spécifiques pour les fièvres hémorragiques virales dans les unités SMIT (Services de Maladies Infectieuses et Tropicales) équipées de chambres d'isolement haute sécurité.
Besoin d'un avis médical ?
Si vos symptômes persistent, s'aggravent ou vous inquiètent, prenez rendez-vous avec un professionnel de santé sur Docteur360.
Commentaires 0