L'essentiel à retenir
- La fièvre de Lassa est causée par le virus de Lassa (famille Arenaviridae) — endémique en Afrique de l'Ouest (Nigéria, Sierra Leone, Guinée, Libéria représentant l'essentiel des cas).
- La transmission se fait par contact avec les excréments, urine ou sang du rat Mastomys natalensis (réservoir animal), par voie orale ou cutanée, ou par contact direct avec un patient infecté (transmission interhumaine, surtout nosocomiale).
- 80 % des infections sont légères (fièvre banale, asthénie). 20 % développent une forme sévère avec atteinte multi-organes, saignements, encéphalopathie — mortalité de 15-25 % pour ces formes sévères.
- La ribavirine IV est le seul traitement antiviral disponible — efficace si démarrée tôt (dans les 6 premiers jours). La prise en charge repose aussi sur les soins de support intensifs.
Est-ce grave ?
La majorité des cas sont bénins. Les formes sévères (20 % des cas) peuvent engager le pronostic vital — avec une mortalité globale de 1 à 2 % de toutes les infections, mais de 15 à 25 % pour les formes hospitalisées sévères. La mortalité est particulièrement élevée en fin de grossesse (jusqu'à 95 % de mortalité fœtale). Les survivants peuvent garder des séquelles — notamment une surdité de perception (30 % des cas) et des complications neurologiques.
Signalement obligatoire et urgence si :
- Fièvre > 38°C dans les 21 jours suivant un retour d'Afrique de l'Ouest, surtout en milieu rural — signalement immédiat au médecin et au SAMU-Centre 15.
- La fièvre de Lassa est une maladie à déclaration obligatoire (MDO) en France — tout cas suspect doit être signalé immédiatement.
- Isolement du patient et protection des soignants (précautions de type "contact et gouttelettes" avec surblouse, gants, masque FFP2, lunettes).
Qu'est-ce que la fièvre de Lassa ?
Le virus de Lassa est un arénavirus à ARN simple brin. Le réservoir naturel est Mastomys natalensis (multimammate rat), un rongeur très commun en Afrique subsaharienne. Le rat est infecté de façon chronique et asymptomatique, et excrète le virus dans ses urines et fèces de façon prolongée. Transmission à l'homme : Contact avec urine, fèces, sang du rat (ingestion, contact avec muqueuses ou peau lésée). Contact avec de la nourriture contaminée. Transmission interhumaine : contact avec sang, urine, selles, sécrétions respiratoires ou sexuelles d'un malade — surtout en milieu hospitalier sans précautions adéquates. Pas de transmission par voie aérienne (aérosols) dans des conditions normales. Zones endémiques : Nigeria (= 75 % des cas annuels), Sierra Leone, Guinée, Libéria. Estimation OMS : 100 000 à 300 000 infections par an en Afrique de l'Ouest, 5000 décès.
Quels sont les symptômes ?
Incubation : 6 à 21 jours. Forme légère (80 %) : fièvre progressive, malaise, céphalées, myalgies — tableau aspécifique souvent pris pour un paludisme ou une infection banale. Guérison spontanée. Forme sévère (20 %) : J1-3 : fièvre élevée (39-40°C), douleurs généralisées, douleurs thoraciques et abdominales. J4-7 : vomissements, diarrhée, douleurs thoraciques, toux. Atteinte multiviscérale : hémorragies (saignements des gencives, des muqueuses, des voies digestives), pharyngite exsudative sévère (douleur de gorge intense). Hémorragies : écoulements de sang des oreilles, saignements nasaux, hémoptysie — présentes seulement dans 20 % des formes sévères. Encéphalopathie, confusion, convulsions. Choc, défaillance multiviscérale. Surdité (complication tardive fréquente).
Comment se fait le diagnostic ?
Contexte : retour d'Afrique de l'Ouest dans les 21 jours, contact avec rongeurs ou malade de Lassa. PCR RT-PCR spécifique Lassa sur sang ou urine : examen de référence — confirme le diagnostic en quelques heures. Sérologie ELISA (IgM et IgG Lassa) : confirmatoire. Examens en laboratoire de référence (BSL-4 — laboratoire P4) : en France, CNR à Lyon (Institut Pasteur de Paris pour certains tests). NFS : lymphopénie, thrombopénie, élévation des transaminases.
Quels traitements peuvent être proposés ?
Ribavirine IV : seul traitement antiviral spécifique disponible — efficace si démarrée dans les 6 premiers jours (réduit la mortalité de 10 fois). Posologie : 30 mg/kg en IV dose de charge, puis 16 mg/kg × 4/j × 4 jours, puis 8 mg/kg × 3/j × 6 jours. Soins de support intensifs : réhydratation, maintien des fonctions vitales, traitement symptomatique. Isolement strict : chambre individuelle avec pression négative, précautions contact et gouttelettes, équipements de protection individuelle pour les soignants. Mesures épidémiologiques : enquête de contact, surveillance des personnes exposées.
Peut-on guérir ? Évolution et suivi
La majorité des patients (80 %) guérissent sans séquelles. 30 % des survivants de formes sévères développent une surdité neurosensorielle irréversible (dans les 1 à 3 mois suivant la maladie). La ribavirine précoce améliore nettement le pronostic des formes sévères. Un vaccin en cours de développement (non disponible en routine à ce jour).
Quel spécialiste consulter ?
- Urgences + SAMU (15) : en cas de suspicion clinique chez un voyageur de retour d'Afrique de l'Ouest.
- Infectiologue / Unité de maladies infectieuses à haut risque : prise en charge spécialisée (unités SMIT).
Questions fréquentes
Peut-on avoir la fièvre de Lassa en France ?
Des cas importés ont été rapportés en France (très rares — quelques cas sur des décennies). Ce sont des voyageurs ou des professionnels de santé travaillant en Afrique de l'Ouest revenant avec la maladie. La France dispose de protocoles de prise en charge spécifiques (unités SMIT, laboratoires P4) pour ces cas. Le risque de transmission secondaire en France est très faible si les mesures de précaution sont respectées.
La fièvre de Lassa est-elle différente d'Ebola ?
Les deux sont des fièvres hémorragiques virales africaines mais distinctes. Ebola (filovirus) est plus mortelle (mortalité 25-90 % selon la souche) et les épidémies sont plus explosives. La fièvre de Lassa (arénavirus) est endémique en permanence (pas épidémique), généralement moins mortelle, et bénéficie d'un traitement antiviral (ribavirine) — qu'Ebola n'a pas (hors anticorps spécifiques récents). Les deux nécessitent des précautions strictes de protection des soignants.
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