L'essentiel à retenir

  • Le syndrome de DiGeorge (aussi appelé syndrome vélo-cardio-facial ou syndrome de délétion 22q11.2) est causé par la délétion (absence) d'un petit fragment du chromosome 22 — ce qui perturbe le développement de plusieurs organes au cours de la vie fœtale.
  • Il associe typiquement des malformations cardiaques congénitales (présentes dès la naissance), une hypocalcémie (manque de calcium liée à l'hypoparathyroïdie — les glandes parathyroïdes ne se sont pas développées correctement), un déficit immunitaire (thymus absent ou hypoplasique) et des dysmorphies faciales discrètes.
  • C'est l'une des délétions chromosomiques les plus fréquentes (environ 1 naissance sur 4 000).
  • La prise en charge est pluridisciplinaire (cardiologie, endocrinologie, immunologie, orthophonie) et le pronostic est très variable selon les atteintes présentes.

Est-ce grave ?

Le pronostic dépend des malformations présentes et de leur sévérité. Les malformations cardiaques graves peuvent être potentiellement mortelles sans chirurgie précoce. Le déficit immunitaire peut être sévère (thymus absent — déficit T cellulaire profond) ou modéré. Avec une prise en charge multidisciplinaire adaptée, la grande majorité des patients atteints de syndrome de DiGeorge vivent jusqu'à l'âge adulte.

Quand consulter en urgence ?

Consultez en urgence ou appelez le 15 si un enfant avec syndrome de DiGeorge présente :

  • Convulsions ou spasmes musculaires — possible crise d'hypocalcémie (manque de calcium dans le sang).
  • Cyanose (bleuissement des lèvres ou de la peau) ou difficultés respiratoires — urgence cardiologique.
  • Fièvre élevée avec rapidement mauvais état général — possible infection grave liée au déficit immunitaire.

Qu'est-ce que le syndrome de DiGeorge ?

La délétion du chromosome 22q11.2 touche une région contenant environ 30 à 40 gènes dont le gène TBX1 — un facteur de transcription (une protéine qui régule l'expression d'autres gènes) essentiel au développement des arcs pharyngiens (structures embryonnaires à l'origine du cœur, des grosses artères, du thymus, des glandes parathyroïdes et de la face). L'absence ou la réduction de TBX1 perturbe ce développement, d'où les atteintes multiples et variables. La délétion est de novo (nouvelle mutation, non héritée) dans la majorité des cas (environ 90 %) — mais peut aussi être héritée d'un parent porteur.

Quelles sont les principales manifestations ?

Malformations cardiaques congénitales (présentes chez 74 à 80 % des patients) : tétralogie de Fallot, interruption de l'arc aortique, communication interventriculaire (trou entre les deux ventricules du cœur), tronc artériel commun — nécessitent souvent une chirurgie cardiaque dans les premières semaines ou mois de vie. Hypocalcémie / hypoparathyroïdie : manque de calcium dû à l'absence ou l'hypoplasie des glandes parathyroïdes (petites glandes qui régulent le calcium). Peut provoquer des convulsions néonatales. Déficit immunitaire : le thymus (organe de maturation des lymphocytes T — cellules de défense) est absent ou petit, réduisant la production de lymphocytes T matures. Le déficit varie de modéré à sévère selon l'importance du thymus résiduel. Dysmorphie faciale (discrète) : nez bulbeux, oreilles légèrement malformées, yeux en amande. Fente palatine ou insuffisance vélopharyngée (difficultés à fermer le voile du palais — d'où "vélo-cardio-facial") : troubles de l'élocution, voix nasonnée. Troubles du développement : retard de langage, difficultés d'apprentissage, risque augmenté de troubles psychiatriques à l'âge adulte (schizophrénie chez 25 à 30 % des adultes atteints).

Comment le diagnostic est-il posé ?

Souvent évoqué devant une malformation cardiaque congénitale associée à une hypocalcémie néonatale. Confirmation génétique : FISH (hybridation in situ en fluorescence) ou CGH-array (puce à ADN — plus sensible) — détecte la délétion 22q11.2. Diagnostic prénatal possible en cas d'antécédent familial ou de malformations fœtales détectées à l'échographie.

Quels traitements peuvent être proposés ?

Chirurgie cardiaque : pour corriger les malformations cardiaques — souvent en urgence dans les premières semaines de vie. Supplémentation en calcium et vitamine D active : pour l'hypoparathyroïdie — à vie si l'hypoparathyroïdie est permanente. Surveillance immunologique : vaccinations adaptées (vaccins vivants contre-indiqués si déficit T sévère), traitement prophylactique des infections si nécessaire. Transplantation thymique (dans les rares cas de thymus totalement absent) : peut restaurer une immunité T fonctionnelle. Orthophonie : dès les premières années, pour les troubles du langage et la dysphagie. Soutien scolaire et psychologique : pour les difficultés d'apprentissage et la prévention des troubles psychiatriques. Suivi endocrinologique, ophtalmologique, ORL selon les atteintes.

Quel spécialiste consulter ?

  • Cardiologue pédiatrique : malformations cardiaques.
  • Immunologiste pédiatrique : déficit immunitaire.
  • Endocrinologue pédiatrique : hypoparathyroïdie.
  • Généticien : conseil génétique pour la famille.
  • Centre de référence maladies rares : coordination pluridisciplinaire.

Comment préparer la consultation spécialisée ?

Apportez tous les comptes-rendus d'examens (échocardiographie, bilan immunologique, calcémie). Notez les symptômes observés à la maison (convulsions, infections fréquentes, difficultés d'élocution). Préparez les questions sur la scolarité et l'orientation. Demandez un conseil génétique pour évaluer le risque de transmission à d'éventuels futurs enfants.

Questions fréquentes

Le syndrome de DiGeorge est-il héréditaire ?

Dans environ 90 % des cas, la délétion est de novo (survient pour la première fois chez l'enfant, sans que les parents soient porteurs) — le risque de récurrence chez un autre enfant des mêmes parents est alors faible (moins de 1 %). Dans les 10 % restants, la délétion est héritée d'un parent porteur (souvent peu symptomatique) — le risque de transmission à chaque grossesse est alors de 50 %. Un conseil génétique est recommandé pour toute famille concernée.

Tous les enfants atteints du syndrome de DiGeorge ont-ils les mêmes symptômes ?

Non — c'est une maladie très variable. Certains enfants auront une malformation cardiaque grave sans déficit immunitaire notable. D'autres auront essentiellement des troubles du langage et des apprentissages sans malformation cardiaque. La variabilité est liée à la taille de la délétion, aux gènes touchés et à des facteurs modificateurs encore mal compris. Certains adultes porteurs de la délétion ne sont diagnostiqués qu'à l'âge adulte devant des troubles psychiatriques ou des difficultés d'apprentissage.

Le risque de schizophrénie est-il évitable dans le syndrome de DiGeorge ?

Le risque de développer un trouble psychiatrique (notamment la schizophrénie ou un trouble schizo-affectif) est d'environ 25 à 30 % chez les adultes atteints de syndrome de DiGeorge. Ce risque élevé est lié aux gènes de la région 22q11.2 impliqués dans le développement et le fonctionnement cérébral. Un suivi psychiatrique régulier dès l'adolescence, une intervention précoce sur les signes prodromiques (précurseurs), et le soutien psychosocial peuvent améliorer le pronostic psychiatrique.

Les enfants atteints peuvent-ils aller à l'école normale ?

La majorité des enfants atteints de syndrome de DiGeorge peuvent être scolarisés en milieu ordinaire avec des adaptations — SESSAD, soutien orthophonique, aménagements scolaires. Certains ont besoin d'une scolarisation spécialisée selon la sévérité du retard cognitif ou des troubles du comportement. Une demande auprès de la MDPH permet d'obtenir les aides et aménagements nécessaires.

Le déficit immunitaire du syndrome de DiGeorge est-il définitif ?

Cela dépend de la taille du thymus résiduel. Dans la majorité des cas, il persiste un thymus partiel qui permet une reconstitution progressive de l'immunité T — le déficit tend à s'améliorer avec l'âge, et les enfants atteignent souvent une immunité relativement fonctionnelle dans l'enfance. Dans les rares cas de thymus totalement absent (syndrome de DiGeorge complet, moins de 1 % des cas), une transplantation thymique ou de moelle osseuse peut être nécessaire.

Peut-on détecter le syndrome de DiGeorge avant la naissance ?

Oui, dans deux contextes. Si une malformation cardiaque est détectée à l'échographie morphologique du 2e trimestre (notamment certaines malformations conotroncales comme la tétralogie de Fallot ou l'interruption de l'arc aortique), une recherche de la délétion 22q11.2 sur liquide amniotique ou villosités choriales peut être proposée. Si un parent est porteur de la délétion, un diagnostic prénatal ou préimplantatoire peut être réalisé.

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